Au début d’Affec­tion affec­tion, le scé­nario présente très clas­sique­ment sa pro­tag­o­niste, Géral­dine (Agathe Bonitzer) ain­si que son entourage : sa mère qu’elle vient de retrou­ver après de longues années d’absence, Jérôme, un homme plus âgé qu’elle fréquente ou encore Ken­za, sa belle-fille, qu’elle vient de ren­con­tr­er. Mais ce qui est moins atten­du, c’est que les proches de la jeune femme dis­parais­sent aus­sitôt mys­térieuse­ment, sans rai­son appar­ente. Le réc­it s’organise dès lors autour de la désori­en­ta­tion de Géral­dine, errant à leur recherche sur la Côte d’Azur. Cet ancrage géo­graphique n’a rien d’anodin : à la lisière entre deux mon­des, les paysages côtiers ser­vent en effet depuis L’Avven­tu­ra d’Antonioni de ter­ri­toire sym­bol­ique où s’ouvre une brèche méta­physique. Alex­ia Walther et Maxime Matray réem­ploient cette logique en lui insuf­flant une dimen­sion ludique : la dis­pari­tion en tant qu’élément per­tur­ba­teur devient ici le point de départ d’un jeu de con­fu­sion entre les mots et les choses. Au loin, un petit chien blanc est pris pour un sac plas­tique emporté par le vent sur la plage, tan­dis que les per­son­nages pren­nent des mots pour d’autres. « Car­toman­ci­enne ou cartési­enne ? », demande l’un d’eux, « C’est pareil », lui rétorque-t-on. À tra­vers ces dia­logues absur­des se des­sine une poé­tique de l’équivoque où cha­cune de ces ressem­blances impar­faites brouille les fron­tières entre ratio­nal­ité et croy­ance super­sti­tieuse.

Ces glisse­ments séman­tiques com­posent une atmo­sphère énig­ma­tique : l’apparente banal­ité de la ville côtière, qui d’ailleurs n’est même pas nom­mée, se trans­forme en théâtre d’une indif­férence étrange. Walther et Matray exploitent ici de nom­breux élé­ments pro­pres au genre du film noir, avec l’ambition man­i­feste de les détourn­er ou de les ren­dre presque inopérants – exem­plaire­ment, le trope de la petite ville tran­quille ren­fer­mant bien des secrets der­rière son calme. Aucun des habi­tants ne sem­ble véri­ta­ble­ment se préoc­cu­per du sort des dis­parus, au point que l’existence de ces derniers finit par devenir abstraite. L’inquiétude ne se déploie jamais, lais­sant place à une atonie qui se pro­longe dans l’attitude placide de Géral­dine. Son enquête se dis­persera au gré de ren­con­tres triv­iales ou de quipro­qu­os qui court-cir­cuitent toute idée de pro­gres­sion. Cette logique de dédrama­ti­sa­tion pro­duit un réc­it frag­men­té, volon­taire­ment flot­tant et c’est là que réside l’intérêt d’Affec­tion affec­tion : dans un état d’in­cer­ti­tude qui déjoue les mécan­ismes con­ven­tion­nels du mys­tère.