Sexy Movie est un film extrême de bout en bout. Cru dans sa descrip­tion des jeux amoureux (Bim­bo vs Bel­lâtre), dans son atten­tion par­ti­c­ulière à la lumière et aux couleurs (entre jaune purin et mar­ron étron) comme dans la finesse de ses références (vingt ans de daubes roman­tiques hol­ly­woo­d­i­ennes). Une pure expéri­ence de ciné­ma, qui nous con­vie à laiss­er notre cerveau à l’en­trée de la salle pour nous faire touch­er au mys­tère le plus pro­fond de notre exis­tence: le vide inter­sidéral.

Qu’écrire sur un tel film, telle­ment mau­vais qu’il peut ren­dre agres­sif? «L’équipe de Scary Movie reprend du ser­vice!» fan­faronne le dossier de presse, slo­gan pub­lic­i­taire qui finale­ment dit tout du film. Même goût du vul­gaire, du gag cor­porel scabreux et de la cita­tion en forme de détourne­ment (excep­tion faite, qu’i­ci ce sont les films d’amour et non les films d’hor­reur qui sont visés) que dans les déjà minables Scary Movie. Pour­tant dans la trilo­gie quelques gags restaient à sauver, à l’in­verse de Sexy Movie où tout est con­ster­nant et déjà vu, au point que l’on songe à une sorte de Scary Movie movie.

C’est le mou­ve­ment le plus daubesque de l’esthé­tique post-mod­erne qui s’ex­prime là, ne rec­u­lant devant aucune forme de cynisme pour faire rire son spec­ta­teur, n’ayant plus pour références que d’autres références. Ce ciné­ma vire au Bar­num, mais un Bar­num débar­rassé de toute fas­ci­na­tion et de tout esprit de con­tra­dic­tion. Ne nous y trompons pas, ce débal­lage de dégueu­lasserie n’a rien de provo­ca­teur comme chez les Far­rel­ly ou chez Waters, et la morale tri­om­phe tou­jours. Le mariage de nos deux tourtereaux aura bien lieu, qui plus est célébré par un nain noir. Deux minorités en une pour célébr­er le tri­om­phe de l’amour, nous sommes au Par­adis.

Pour finir sur ce type de film qui devient tris­te­ment le tout-venant de la pro­duc­tion comique améri­caine (sor­tie prochaine de Scary Movie 4), une cita­tion du réal­isa­teur et de son scé­nar­iste, Jason Fried­berg: «Nous voulions créer un film roman­tique qui plaise aux femmes et une comédie qui plaise aux hommes!» Les clichés que véhicule ce type de film sur la nature des sex­es révè­lent bien aus­si la vision qu’ont les créa­teurs de l’hu­man­ité: une bande d’abrutis n’ayant plus qu’à réa­gir à des stim­uli – romance pour mes­dames, pets, rots et blondass­es nues pour messieurs.

Seuls les fans de hard­core et les soci­o­logues alarmistes apprécieront. Mais pour ceux qui n’ont jamais mis leurs yeux devant cet assem­blage d’im­mondices, mais qui seraient ten­tés par un dépuce­lage, nous leur recom­man­derons la bonne vieille morale améri­caine: restez vierge!