Soit un pas­sage à l’âge adulte, avec son lot d’épreuves, de décou­vertes, d’ami­tiés brisées et de trau­mas à sur­mon­ter. Com­ment don­ner un peu de chair à ce scé­nario, plus men­acé qu’un autre par le stéréo­type ? La Danse des renards ressem­ble à un petit manuel de solu­tions, pour la plu­part pas très judi­cieuses. Dans un inter­nat sportif, un jeune boxeur très doué (Samuel Kircher) refuse de remon­ter sur le ring après un grave acci­dent. Plus per­son­ne ne le com­prend, ni les médecins, ni son coach, ni ses coéquip­iers dont il se détourne peu à peu, leur préférant la com­pag­nie des ani­maux (les renards du titre) et d’une jolie taek­won­doïste (qui joue aus­si de la trompette). Pour que nous ne risquions pas de per­dre le fil, tous ces per­son­nages n’apparaissent à l’écran que lorsqu’ils sont utiles, et il arrivera sou­vent que l’un d’eux dis­paraisse après avoir dit sa réplique, lancé son regard noir ou son cro­chet du droit – les boxeurs, comme cha­cun sait, ne sont pas à l’aise avec le dia­logue. Chaque enjeu nar­ratif a donc sa tra­duc­tion (et sa réso­lu­tion) dans le réper­toire des coups et blessures, ce qui vise peut-être à faire le por­trait d’une généra­tion en manque de repères, ou, plus vraisem­blable­ment, à déplor­er qu’il existe des gens méchants et bêtes. Aus­si le héros mar­tyrisé par ses cama­rades fini­ra-t-il par décou­vrir qu’il n’a pas de temps à per­dre avec ces médiocres, vain­cra sa peur et pren­dra seul la route du suc­cès. Curieuse vision de l’esprit d’équipe. C’est que, là-dessus, le point de vue du film est à peu près celui du coach (Jean-Bap­tiste Durand) dont on a décou­vert tar­di­ve­ment qu’il avait rai­son depuis le début : d’une part « tout ça, c’est dans la tête » ; d’autre part la vie, comme le sport, est affaire de sélec­tion.