Hur Jin-ho a été l’un des pio­nniers de cette nou­velle généra­tion de réal­isa­teurs coréens qui, comme Kim Ki-duk (Locataires) et Im Sang-soo (Une femme coréenne) con­nais­sent à la fois les hon­neurs des fes­ti­vals inter­na­tionaux et la récom­pense du suc­cès pub­lic. April Snow est un mélo­drame bien con­stru­it et assez juste, mais la styl­i­sa­tion à out­rance (si elle donne au film un petit cachet) agace un spec­ta­teur un peu las de cette poudre aux yeux.

April Snow est une romance sen­ti­men­tale qui épouse le rythme des saisons. Après avoir appris que leurs époux respec­tifs avaient provo­qué un acci­dent de voiture, In-su et Seo-young décou­vrent que ceux-ci étaient amants. Au gré des colères, rancœurs et élans de ten­dresse, nos deux héros tombent amoureux. À not­er d’ailleurs que les deux acteurs prin­ci­paux, Bae Yong-joon et Son Ye-jin, sont des stars de Chung­mooro (le Hol­ly­wood coréen) et que le cinéaste les a dirigés avec brio.

Le ton est juste, les sen­ti­ments vio­lents, l’am­biance feu­trée mais oppres­sante. L’u­til­i­sa­tion de la musique met en relief le car­ac­tère très fleur bleue du film: un thème à la Tiersen mod­ernisé saupoudre les séquences dra­ma­tiques. April Snow avance avec l’as­sur­ance tran­quille d’un petit sol­dat, entre silence et nerfs qui flanchent. Le film se veut très con­trasté, tirail­lé entre les corps amaigris des malades et les ron­deurs déli­cates du corps amoureux.

L’im­age de Hur Jin-ho est léchée, les cadres élé­gants et le cinéaste ne lésine pas sur les lumières qu’ac­com­pa­g­nent les silences. Cepen­dant, on peut juste­ment regret­ter un trop-plein de cette styl­i­sa­tion qui atténue le pro­pos et fait (par­fois) du film un exer­ci­ce de style un peu vain et glaçant.