Le deux­ième long-métrage de Mar­tin Jau­vat con­firme le goût de son réal­isa­teur pour l’absurde. L’argument de départ de Baise-en-ville paraît pour­tant terre à terre, com­paré à celui de Grand Paris (où deux amis décou­vraient, sur le chantier d’une future ligne de métro, un arte­fact mys­térieux). Le réc­it prend pour point de départ le para­doxe d’un jeune ban­lieusard de Chelles, Corentin, dit Sprite (inter­prété par Jau­vat lui-même) : d’un côté, il lui faut le per­mis pour avoir un tra­vail ; de l’autre, il lui faut un tra­vail pour pay­er le per­mis. Sprite décroche mal­gré tout avec l’aide de son beau-frère Walid (William Lebghil) un job dans le net­toy­age de fêtes à domi­cile, qui va lui per­me­t­tre de pay­er les séances d’auto-école. Mais com­ment être frais aux leçons du matin quand on tra­vaille de nuit ? D’après sa moni­trice Marie-Char­lotte (Emmanuelle Bercot), il doit trou­ver un moyen d’éviter les tra­jets noc­turnes en RER et noc­tiliens. Si cette trame paraît de prime abord banale­ment réal­iste, elle ouvre sur un ensem­ble de sit­u­a­tions rocam­bo­lesques : pour que son élève puisse dormir chez l’habitant, ou plutôt l’habitante, Marie-Char­lotte, men­tore un peu envahissante, l’inscrit sur une appli­ca­tion de ren­con­tre avant d’organiser un date dans son dos et d’intervenir pen­dant celui-ci.

En dépit de ce pro­gramme pas très orig­i­nal – le film décrit les déboires sen­ti­men­taux de son per­son­nage sur le ter­rain cru­el des appli­ca­tions de ren­con­tre –, Mar­tin Jau­vat va tou­jours un peu plus loin que ce que l’on pour­rait atten­dre. L’accessoire prin­ci­pal de Sprite devient ain­si le baise-en-ville du titre, cette sacoche conçue dans des limbes de ringardise pour trans­porter l’essentiel lorsqu’on découche. Bien qu’il ressem­ble de prime abord à une sacoche nor­male, l’objet sus­cite les remar­ques et vient, d’un date à l’autre, par­a­siter le pro­jet roman­tique du jeune homme. Le film peine cepen­dant à exploiter la sin­gu­lar­ité de son pos­tu­lat nar­ratif. Se dégage en effet de Baise-en-ville une cer­taine impres­sion de déjà-vu – une séquence au milieu du film est même une sorte d’auto-remake du court-métrage Le Sang de la veine –, com­binée à un lis­sage de son univers lié peut-être à un change­ment d’échelle de pro­duc­tion, puisque ce deux­ième film a été réal­isé avec beau­coup plus de moyens. Baise-en-ville tente en vérité si peu de choses formelle­ment qu’il en vient à cul­tiv­er un para­doxe : s’il épouse un rap­port excen­trique au monde, la réal­i­sa­tion paresseuse qui l’accompagne fait quant à elle l’impasse sur l’imagination.