Qua­tre jeunes gens à l’ar­rière d’un pick-up se ren­dent dans la ville de Bénarès. Durant le tra­jet, ils par­lent d’eux, de l’île, de leur rap­port à elle. Entre con­ver­sa­tions anec­do­tiques ou exis­ten­tielles et vision d’un paysage qui défile, le réal­isa­teur souhaite ren­dre compte de ce qu’est véri­ta­ble­ment la vie sur cette île, et met­tre ain­si à mal les clichés. Hélas, si nous pou­vons porter un vif intérêt à l’aspect his­torique et géo­graphique de l’île, il est cer­tain que nous souhaitons rapi­de­ment que ce voy­age finisse au plus vite.

Après avoir gag­né une belle somme d’ar­gent aux cartes, un jeune homme pro­pose à un ami de dépenser ses gains dans les bras de deux pros­ti­tuées. Avec la com­plic­ité d’un vieux chauf­feur, ils quit­tent leur petit vil­lage nom­mé Bénarès et par­tent à la recherche de deux filles. Après plusieurs étapes peu fructueuses, ils réus­sis­sent enfin à trou­ver deux jeunes femmes et à les ramen­er dans leur vil­lage. Mais celui-ci étant assez loin, nos qua­tre jeunes gens, pen­dant le tra­jet, ont le temps de dis­cuter.

L’idée de réu­nir qua­tre jeunes gens et de les faire par­ler est une idée intéres­sante quand on cherche, à tra­vers des con­ver­sa­tions anodines ou pas (d’ailleurs, existe-t-il des con­ver­sa­tions anodines?), à dress­er un con­stat de ce qu’est la réal­ité d‘un pays. Mais la réal­ité de ces jeunes femmes, celle de la pros­ti­tu­tion, est à peine effleurée, et sem­ble comme banal­isée alors qu’elle est véri­ta­ble­ment le déclencheur qui a con­tribué au rap­proche­ment de ces jeunes. Peut-être, et on peut le com­pren­dre, le réal­isa­teur a‑t-il voulu faire d’elles de sim­ples femmes, sans chercher à met­tre en avant leur activ­ité. Car pros­ti­tuée ou pas, le con­stat sem­ble être le même quand on est jeune et que l’on vit sur cette île: l’avenir offre peu de per­spec­tives alléchantes.

Quand l’un des deux jeunes hommes évoque son voy­age en Inde, les oreilles de ses deux inter­locutri­ces sont grandes ouvertes. Et pour­tant il ment, il n’y est jamais allé. Mais le vis­age de la plus jeune est illu­miné par la naïveté et l’e­spoir. Car ce désir de voir ailleurs, de quit­ter cette île où tout sem­ble endor­mi, amor­phe, rend l’e­sprit avide de la moin­dre parole ou allu­sion à ce qui se passe ailleurs. L’île Mau­rice, mal­gré ses beautés cachées et touris­tiques, est, aux yeux du réal­isa­teur, une terre dés­espéré­ment vide d’ex­ci­ta­tion et de joie. Tous les vil­lages sont comme assoupis. Des humains, ça et là, sem­blent sor­tir d’une tor­peur étrange, tels des zom­bies.

Le but pre­mier du film est donc de met­tre à mal les clichés et de mon­tr­er l’en­vers du décor d’un par­adis réservé unique­ment aux occi­den­taux. L’île n’est pas qu’un gigan­tesque hôtel pour touristes aux­quels on sourit par sim­ple politesse. Le luxe de la côte n’est que la façade men­songère. Le réal­isa­teur nous fait pénétr­er à l’in­térieur des ter­res, c’est-à-dire dans le cœur de l’île, en vue de nous don­ner une idée véri­ta­ble de ce qu’est son pays. Mais, à vrai dire, on s’en doutait un peu…

En dehors de ces con­sid­éra­tions, le reste du film manque ter­ri­ble­ment de relief, se révèle extrême­ment plat et ennuyeux mal­gré sa durée rel­a­tive­ment courte. Les con­ver­sa­tions sont sou­vent sans intérêt. Bien sûr, on peut dire que l’en­nui et la mol­lesse sont les thèmes mêmes du film. Mais le réal­isa­teur peine à leur don­ner une con­sis­tance, une forme pré­cise à même de nous faire ressen­tir ce que traî­nent quo­ti­di­en­nement ces ces jeunes. L’al­ter­nance entre con­ver­sa­tion et paysage qui défile ne for­mera jamais une seule et même entité, un bloc homogène sous forme de pari formel. Le film se traîne pénible­ment jusqu’à la fin. Le tra­jet en pick-up n’en finit pas.