Doc­u­men­taire sur la con­di­tion fémi­nine au Camer­oun, Sis­ters in Law mar­que avant tout par l’en­gage­ment des femmes qu’il met en scène. Des deux côtés de la loi, le par­ti pris des réal­isatri­ces est de mon­tr­er des femmes qui ont bien décidé de pren­dre en main leur des­tin et de faire régn­er la loi face aux cou­tumes archaïques et à la bar­barie mas­cu­line. Loin des clichés véhiculés en Occi­dent sur l’Afrique, voilà un petit film qui donne encore envie de croire en de grands idéaux soci­aux et à la jus­tice pour tous. Sis­ters in fight!

Avec Sis­ters in Law, la cause fémin­iste africaine sem­ble trou­ver enfin un dis­cours à la démesure de ce qu’il engage. Kim Longinot­to et Flo­rence Ayisi, vis­i­ble­ment portées par le com­bat des femmes qui diri­gent les insti­tu­tions juridiques de la ville de Kum­ba au sud-ouest du Camer­oun, livrent un film brut et fort, sans con­ces­sion dans ses par­tis pris et son mes­sage. Il faut dire que la sit­u­a­tion décrite est en tout point cat­a­strophique: les vic­times qui défi­lent aux com­mis­sari­ats ou dans le bureau de la con­seil­lère d’É­tat ont subi tous les out­rages, et la jus­tice qui devrait motiv­er leur triste con­di­tion n’est pas acquise. Des femmes battues et vio­lées par leur mari et des enfants qui ont con­nu le même sort, doivent encore se bat­tre con­tre leurs bour­reaux et les idées reçues de la com­mu­nauté d’où elles sont issues.

Le des­tin de cha­cune prend la forme d’une bataille quo­ti­di­enne face à la bru­tal­ité mas­cu­line, mais une bataille qui n’a rien de chimérique puisque les lois sont écrites mais con­tre­car­rées par des tra­di­tions ances­trales ou par la charia qui régit la com­mu­nauté islamique. La mis­sion des insti­tu­tions est de faire respecter la loi de l’É­tat par tous.

Sis­ters in Law est donc un film mil­i­tant, engagé claire­ment du côté des femmes, mais en évi­tant de som­br­er dans la dénon­ci­a­tion à tout va. Le dis­posi­tif du film, sans voix off et sans musique, descrip­tion d’af­faires judi­ci­aires, évite de tomber dans le brûlot réduc­teur. Sobre et direct, le dis­cours est loin de tout angélisme même s’il est por­teur d’un espoir et d’un désir de voir la loi respec­tée par tous. Sis­ters in Law donne une image de la femme et de l’Afrique qui, on l’e­spère, touchera les Africaines en pre­mier lieu. Pas de moral­isme à l’emporte-pièce, pas de leçons édi­fi­antes si ce n’est celle du droit uni­versel et du libre-arbi­tre, de l’é­d­u­ca­tion et de la déter­mi­na­tion.

L’hor­ri­ble con­stat alors ne vaut que par les solu­tions que ces femmes met­tent en place. Pas de descrip­tions abom­inables qui ne soient fatal­istes, toutes sont util­isées pour con­fron­ter les dif­férentes visions du droit des citoyens et met­tre en lumière la sit­u­a­tion chao­tique. Les hommes coupables sont punis comme il se doit et cha­cun, et surtout cha­cune, doit com­pren­dre que les hor­reurs qu’elles vivent ne sont pas tolérables.

Un film qui pousse à l’ac­tion en évi­tant le lar­moy­ant et l’api­toiement. Dans la salle du tri­bunal comme dans celle de ciné­ma, on ne doit pas se laiss­er aller à l’é­mo­tion. Quand l’un des maris bru­taux éclate en san­glots, loin de jouer pour sa défense, ses larmes lui valent de se faire repren­dre par la juge qui le somme de se calmer. Il s’ag­it aus­si par le com­bat des femmes de per­me­t­tre à la com­mu­nauté tout entière d’aller de l’a­vant, en la plaçant face à ses respon­s­abil­ités et sa cul­pa­bil­ité.

Ces femmes qui met­tent les hommes face à leurs con­tra­dic­tions et leurs faib­less­es, sont sub­limes d’in­soumis­sion et de force de car­ac­tère, mais aus­si de douceur et d’hu­mour et ce, autant du côté de celles qui font respecter la loi que du côté des vic­times. Les derniers plans sont à ce titre exem­plaires. Pleines d’une énergie enfin libérée, ces femmes-fleurs dans leurs boubous mul­ti­col­ores se retrou­vent entre elles. Elles sem­blent pou­voir alors s’é­panouir vers un futur qu’elles auraient con­quis, don­nant ain­si rai­son au pré­cepte de Picabia: « Ce n’est pas le luxe féminin qui attire le mâle, mais l’im­bé­cil­lité mas­cu­line qui éloigne la femme. » Que les réal­isatri­ces aient fait le choix à leur tour de per­me­t­tre à ce mes­sage de cir­culer à tra­vers le monde, voilà une ini­tia­tive de ciné­ma des plus louables.