Après le décès de leur père, Andy et Piper, un ado­les­cent et sa petite sœur malvoy­ante, sont placés en famille d’accueil chez Lau­ra, une psy­cho­logue meur­trie par la récente dis­pari­tion de sa pro­pre fille et dont le com­porte­ment paraît de plus en plus étrange. L’apparente bien­veil­lance du per­son­nage, déjà effritée par le jeu out­ré de Sal­ly Hawkins, laisse vite place à une fig­ure plus uni­voque. Il faut dire que les frères Philip­pou (réal­isa­teurs de La Main, sor­ti en 2022) tuent dans l’œuf tout mys­tère : plutôt que d’épouser le seul point de vue des jeunes pro­tag­o­nistes, le film nous mon­tre aus­si les mani­gances de Lau­ra – elle visionne notam­ment d’obscures vidéos de rit­uels sanglants et cherche à bris­er la con­fi­ance entre les deux enfants. Si ce jeu nar­ratif et de mon­tage vise à échafaud­er un sus­pense, le fond de l’affaire s’en trou­ve éven­té : en faisant appel à un démon, Lau­ra entend ramen­er sa fille à la vie en sac­ri­fi­ant Piper. Sub­sti­tu­tion repose dès lors unique­ment sur un enchaîne­ment de visions dérangeantes, ver­sant tou­jours plus dans le grand-guig­nol. Muti­la­tion au couteau de cui­sine, anthro­pophagie, cadavre con­servé au con­géla­teur… Les règles du céré­mo­ni­al occulte ser­vent de pré­texte à des images-choc, cadrées frontale­ment.

Au-delà de son car­ac­tère tape-à-l’œil, cette hor­reur graphique con­stru­it égale­ment un miroir aux vio­lences intrafa­mil­iales décrites par le scé­nario – on appren­dra que le père défunt des deux orphe­lins bat­tait Andy en secret. Si cet hori­zon peine à don­ner une sub­stance au film, il lui offre tout de même une trou­blante scène de mise à mort. Il faut, pour la décrire, dévoil­er l’une des rares sur­pris­es du réc­it (atten­tion spoil­ers) : pour men­er à bien son funeste pro­jet, Lau­ra doit se débar­rass­er d’Andy et finit par le noy­er alors qu’il gît blessé dans une flaque d’eau. La caméra s’attarde alors sur la poigne de la mère endeuil­lée, qui main­tient immergée la tête de l’adolescent. Ce sont ain­si les mains d’une mère, ne rêvant que de retrou­ver les bras de sa fille per­due, qui se révè­lent ici capa­bles des pires atroc­ités.