La mort n’existe pas, nou­veau long-métrage d’animation de Félix Dufour-Laper­rière présen­té à la Quin­zaine des cinéastes, n’est jamais plus con­va­in­cant que lorsqu’il fait de son titre un véri­ta­ble pro­gramme plas­tique. Ain­si de cette scène où un mou­ton, dévoré par une meute de loups, gam­bade de nou­veau après que sa chair s’est lente­ment recon­sti­tuée. Résur­rec­tions et réap­pari­tions jalon­nent l’errance d’Hélène, une jeune femme qui fuit l’attentat sanglant et révo­lu­tion­naire con­tre de rich­es pro­prié­taires auquel elle devait ini­tiale­ment par­ticiper. Elle s’égare alors dans une forêt, un espace en con­stante recom­po­si­tion, très proche de celui des con­tes enfan­tins, qui devient le théâtre d’une intro­spec­tion han­tée par des fig­ures de son passé.

Si le film, ani­mé à la main, est par endroits graphique­ment impres­sion­nant, il peine toute­fois à don­ner forme aux boule­verse­ments du per­son­nage. Un choix plas­tique, en apparence auda­cieux – celui de fon­dre les corps dans la couleur des décors – sem­ble surtout révéler une lim­ite : celle d’un film qui reste trop « ton sur ton ». Cette logique de fusion visuelle, sup­posée faire des décors la matéri­al­i­sa­tion de sa psy­ché, tend plutôt à aplanir et liss­er l’ensemble. Hélène change pour­tant plus d’une fois d’avis et croise des revenants divers, mais parce que le film ne renou­velle jamais ses principes formels, il doit finale­ment recourir à des dia­logues expli­cat­ifs pour faire avancer le réc­it – à rebours de son ambi­tion de faire exis­ter ces con­flits par l’animation elle-même.

Au milieu de ces mul­ti­ples échanges, par­fois un peu abscons, une réplique se détache et émeut davan­tage : lorsque Hélène avoue rêver d’une vie, d’une cham­bre « à elle », loin des mots d’ordre révo­lu­tion­naires. Félix Dufour-Laper­rière donne par­fois l’impression d’avoir trou­vé ce lieu en son ani­ma­tion – un espace préservé, comme une cham­bre d’enfant rêvée. Mais aus­si char­mante soit-elle, cette cham­bre laisse peu de place au monde qui l’entoure. Le para­doxe est que le film retrou­ve un cer­tain élan quand il se débar­rasse occa­sion­nelle­ment de son hori­zon men­tal pour laiss­er éclore le vivant : les appari­tions d’animaux (en par­ti­c­uli­er le mou­ton évo­qué plus haut), mais aus­si le sur­gisse­ment d’arbres suite à un puis­sant trem­ble­ment de terre. On aurait souhaité que ces éclats fis­surent encore davan­tage les murs de cette cham­bre trop repliée sur elle-même.