Dans son précé­dent film, Nues­tras Madres, Caméra d’or jamais sor­tie en salle à cause du Covid-19, Cesar Diaz s’intéressait à la manière dont les con­séquences de la guerre civile guaté­maltèque han­taient un jeune homme enquê­tant au présent sur feu son père, porté dis­paru dans les années 1980. Mex­i­co 86 observe lui aus­si les boule­verse­ments provo­qués par la dic­tature sur le cadre famil­ial. Si le réc­it remonte cette fois le cours du temps pour s’ancrer directe­ment à l’époque des faits, il opère un décadrage géo­graphique en se focal­isant sur le des­tin de Maria (Bérénice Béjo), mil­i­tante exilée au Mex­ique, qui con­tin­ue de soutenir la résis­tance et d’être traquée par les ser­vices secrets de son pays. Du jour au lende­main, elle doit égale­ment s’occuper de Mar­co, son garçon de dix ans, dont elle a été con­trainte de con­fi­er la garde à sa pro­pre mère au moment de pren­dre la fuite. En plus de com­pli­quer sa clan­des­tinité, cette nou­velle respon­s­abil­ité lui attire l’hostilité de sa hiérar­chie, qui craint que l’enfant ne mette en péril toute leur organ­i­sa­tion. La présence de l’enfant se révèle être dans cette per­spec­tive une forme de pré­texte ali­men­tant la ten­sion d’un thriller mal­heureuse­ment assez con­venu dans sa fac­ture, qui table sur des sil­hou­ettes inquié­tantes dans l’arrière-plan et une bande-son étouf­fante pour faire mon­ter la tem­péra­ture.

Les scènes en com­pag­nie de Mar­co, loin de pro­duire un con­tre­point intime aux périls de l’espionnage, s’inscrivent plutôt dans une dynamique glob­ale con­sis­tant à surlign­er l’isolement et la vul­néra­bil­ité de Maria. Boudeur et vin­di­catif, ce garçon, qu’elle doit défendre face à la résis­tance comme à la dic­tature, va jusqu’à com­pro­met­tre sa cou­ver­ture en désobéis­sant à ses con­signes. Cette manière d’accabler uni­latérale­ment l’héroïne afin d’alimenter la dra­maturgie est d’autant plus regret­table que le per­son­nage prin­ci­pal fait mon­tre par endroits d’une cer­taine ambiva­lence. Par exem­ple, durant une fusil­lade, Maria pose sans dire un mot le canon de son pis­to­let con­tre le front de son fils, dans l’optique, on le devine, de lui épargn­er les souf­frances qu’occasionneraient sa cap­ture et sa tor­ture. Sans insis­ter, ce plan rend compte d’un para­doxe – en voulant garder Mar­co auprès d’elle pour le pro­téger, l’activiste le met en dan­ger de mort. Mais en s’obstinant à faire de Maria une fig­ure aus­si mal­menée qu’exemplaire (mal­gré les reproches, elle rem­plit toutes ses mis­sions avec sang-froid), le film dilapi­de la com­plex­ité de son por­trait au prof­it d’une sim­ple mécanique scé­nar­is­tique.