La « fes­ta major » qui donne son titre au film recou­vre un ensem­ble de fes­tiv­ités cata­lanes s’étalant sur cinq jours à la fin de l’été. Mar­quée par son foi­son­nement et sa dis­par­ité, elle voit se suc­céder dif­férentes célébra­tions pop­u­laires – musi­cales ou théâ­trales – et paraît s’étirer sans faib­lir. Comme le rap­pelle un ancien du vil­lage au début du film, c’est lorsque cet « enculé de Fran­co » est mort que l’événement a pris une ampleur débor­dante. Si Fes­ta Major n’est pas frontale­ment poli­tique, il organ­ise cepen­dant une ronde euphorique de scènes et d’images qui fait de la fête elle-même le ter­reau d’un rap­port au monde alter­natif et utopique. Jean-Bap­tiste Alazard filme ici ce qui lui tient à cœur : son vil­lage et ses proches. C’est pourquoi il sem­ble vouloir autant observ­er la fête qu’y pren­dre part, par l’entremise d’une caméra légère et embar­quée dans la danse. Les plans sur les corps et les vis­ages à moitié flous se mul­ti­plient et restituent le sen­ti­ment d’ivresse qui s’empare des vil­la­geois. Ain­si mêlés dans un même tour­bil­lon d’images, ils for­ment une com­mu­nauté entière­ment définie par les fes­tiv­ités : les dis­cus­sions ne tour­nent qu’autour d’elles et tous les moments de la journée lui sont dévo­lus.

Cette com­mu­nauté se car­ac­térise par des gestes et des actions que le mon­tage, en jouant d’effets d’accumulation, rit­u­alise : les ver­res s’échangent, les dans­es se répè­tent et les jeunes s’embrassent à la nuit tombée. Si le souf­flet retombe un peu quand le cinéaste se con­cen­tre sur des con­ver­sa­tions, le film est à son meilleur lorsqu’il téle­scope l’ivresse de la com­mu­nauté avec le calme du monde envi­ron­nant, pour ouvrir sur une res­pi­ra­tion médi­ta­tive. Cette mise en rela­tion se fait tan­tôt par l’entremise de rac­cords, rompant soudain avec l’effervescence de la fête pour cadr­er les majestueuses mon­tagnes avoisi­nantes, tan­tôt au sein même du plan, comme dans cette scène où la caméra remonte le long du tronc d’un arbre tan­dis que le bruisse­ment calme des feuilles se sub­stitue à la musique. La mise en scène n’entend pas oppos­er ces éner­gies con­traires, d’un côté celle de l’homme et de l’autre celle de la nature, mais plutôt les fon­dre dans un même mode d’être au monde, joyeux et sere­in.