Mal­gré un réel tal­ent pour les dia­logues, Guérin-Tillié n’a pas su se démar­quer du ciné­ma français comique (on pense aux Ripoux, Ton­tons flingueurs et com­pag­nie) ; le jeune cinéaste, et c’est dom­mage, pèche par manque d’au­dace. Si Edy sus­cite un rire con­venu, ce film repose beau­coup trop sur les presta­tions de l’a­mi Noiret et du vieux clown Berléand. On peut donc reprocher à ce pre­mier long-métrage de faire coïn­cider reg­istre noir (d’un goût dou­teux) et prose fran­chouil­larde réchauf­fée.

Nom ringard pour un film ringard, Edy est le pre­mier long-métrage de l’ac­teur Stéphan Guérin-Tillié. Ringard parce qu’il y a dans Edy une sorte d’en­tour­loupe nar­ra­tive : le scé­nario est solide certes, appliqué, et con­scien­cieux mais pro­pre­ment tiré par les cheveux. Ce film noir aux 1001 rebondisse­ments ressem­ble à un mau­vais polar d’un Pouy à bout de souf­fle (RN86 au hasard). Edy, c’est donc l’his­toire d’un assureur véreux (François Berléand) qui tue un pau­vre type par malchance ; notre assureur maquille alors le crime avec l’aide de son acolyte chef, Le vieux grandil­o­quent, j’ai nom­mé Philippe Noiret.

Un mot. Si ce pre­mier film est racorni, c’est à cause de ses acteurs vieil­lis­sants en mal d’eux-mêmes : un Philippe Noiret nos­tal­gique des Ripoux 3 et un François Berléand au rôle un peu tiède après sa shake­speari­enne presta­tion de méchant des Cho­ristes. C’est du réchauf­fé, ces huiles qui vien­nent se char­ri­er au milieu d’un cimetière ; dom­mage qu’un jeune cinéaste les y encour­age. Les deux acteurs font la causette, les femmes, la soli­tude, l’en­nui, les ani­maux domes­tiques, enrobés dans le caus­tique potache. Humour fran­chouil­lard jusqu’au bout des ongles (d’as­sureurs cra­pules), des répliques qui font sourire mais qui lassent. Et puis la com­plic­ité de ces deux forces tran­quilles con­stitue la clé de voûte du film et ce au détri­ment des per­son­nages féminins remar­quables d’in­con­sis­tance (dont Mar­i­on Cotil­lard pour­tant inou­bli­able dans Taxi) : pen­dant que les hommes raison­nent ou magouil­lent, les dames se font assas­sin­er, vir­er ou alors dansent à moitié nues.

Con­clu­sion : Guérin-Tillié s’est con­coc­té une petite recette impa­ra­ble, huiles du ciné­ma, polar à ressorts, et donc un pro­duc­teur qui suit. Mais le cinéaste ne prend pas de risques et réalise un film français qui date. Rien de nou­veau. Ce ciné­ma a cinquante ans. Sans compter les mal­adress­es : cadrages un peu curieux, plans trop longs, musique qui meu­ble (déce­vant de la part du Norvégien Nils Pet­ter Molvaer : encore un musi­cien obsédé par Ascenseur pour l’échafaud, n’est pas Miles Davis qui veut…). Mais ce n’est pas ça qu’on reprochera à Guérin-Tillié : on par­donne mille choses à un pre­mier film, mais pas la frilosité.