On a vu les affich­es dans le métro, et sur les coins de mur, Zaï­na n’a pas l’air foli­chon sur son poulain mar­ron, et la meute de cav­a­liers qui la pour­suit non plus. Pour­tant c’est une gen­tille ébauche de west­ern signée par un réal­isa­teur plutôt doué pour la mise en scène mais qui se trompe de ton (solen­nel) et de reg­istre (con­te).

Dans le dossier de presse, Bourlem Guerd­jou par­le de « west­ern cous­cous », expres­sion thé­ma­tique intéres­sante. Chevaux, grand air, défis et bru­tal­ité, con­quête d’une terre hos­tile, autant d’élé­ments qui fer­ont frémir les amoureux du genre : au cœur des mon­tagnes de l’At­las, Zaï­na et son père mènent les pur-sang de la tribu à la grande course de chevaux de l’Ag­dal.

C’est dom­mage que Bourlem Guerd­jou n’ait pas osé s’en tenir à cette ébauche de west­ern ori­en­tal. D’abord parce qu’il filme avec beau­coup d’én­ergie et de rapid­ité les cours­es de chevaux, les battues, un cinéaste du rythme donc, qui parvient à ren­dre la rapid­ité avec pas mal de finesse, sans recours au mon­tage rapi­de. Ces scènes de genre sont généreuses, appuyées par les hen­nisse­ments, encour­age­ments, tin­ta­marre de sabots et par la pro­fuse beauté de la nature, mon­tagnes escarpées et plaines pail­letées.

Mais place à la tiédeur quand la caméra a le mal­heur de s’in­téress­er de trop près aux per­son­nages : des dia­logues mous, des sen­ti­ments un peu for­cés faussent le petit pétille­ment du film. La déter­mi­na­tion de Zaï­na à vivre libre n’échappe pas à la curieuse plat­i­tude des dia­logues. La volon­té de Bourlem Guerd­jou et de sa com­père scé­nar­iste (Juli­ette Sales) de réalis­er un film sous forme de con­te donne le résul­tat escomp­té : des dia­logues « brefs, quo­ti­di­ens, volon­taire­ment intem­porels », et c’est ce qu’on a envie de leur reprocher. L’in­tem­porel, le quo­ti­di­en, il sem­blerait que ce soit Guiraudie qui en déti­enne le mono­pole (voir l’ex­cel­lent Voici venu le temps par exem­ple).

Atten­tion, tiédeur à met­tre en par­tie sur le compte d’une bizarrerie du film : le fait que ce con­te « intem­porel » soit tourné en français de A à Z. Le savoureux des west­erns, c’est la langue améri­caine, l’ac­cent inim­itable. Drôle de chose donc que Bourlem Guerd­jou ne soit pas allé au bout de son pro­jet : « chang­er de reg­istre en essayant un film de genre, mais qui serait nour­ri de ma cul­ture ». Il y a sûre­ment de bonnes raisons économiques à ce choix : les exi­gences des pro­duc­teurs français, des dis­trib­u­teurs… Mais le choix est regret­table parce qu’il sabote le film de l’in­térieur. L’ac­cent figé de cer­tains comé­di­ens paral­yse la vivac­ité de la mise en scène et jure avec le con­texte général : déserts et dan­gers ara­bisants. Notam­ment la ravis­sante petite fille qui par­le un français un peu académique, « intem­porel » pour le coup : elle n’omet jamais les néga­tions et pose des ques­tions ver­tig­ineuses de cor­rec­tion gram­mat­i­cale (pourquoi fais-tu, pourquoi veux-tu, quel serait) qui frig­ori­fient le film. Alors à quand un vrai west­ern cous­cous puisque l’idée est excel­lente ?