Sept ans après leurs dernières aven­tures, Padding­ton et la famille Brown s’envolent pour le Pérou, où l’ourson préféré des Anglais part à la recherche de sa grand-mère, mys­térieuse­ment dis­parue. Le résul­tat est mal­heureuse­ment déce­vant : Dou­gal Wil­son, qui rem­place Paul King à la réal­i­sa­tion, ne réus­sit pas tout à fait à restituer le mélange de can­deur et de réflex­iv­ité qui fai­sait jusqu’ici l’intérêt de la saga. Créa­ture numérique incrustée au sein d’un décor réel, Padding­ton relève à la fois de la fig­ure bur­lesque et de la bonne fée qui repeint le monde aux couleurs de la joie de vivre – idée soulignée dans Padding­ton 2, où le héros tein­tait les vête­ments et les murs d’une prison en rose bon­bon. Si l’humour des deux pre­miers films repo­sait sur l’inadéquation entre le per­son­nage et la topogra­phie lon­doni­enne, la forêt ama­zoni­enne n’offre pas ici le même poten­tiel comique. Au sein d’un espace envis­agé comme une toile de fond avec laque­lle les pro­tag­o­nistes n’interagissent pas, l’ours de la jun­gle finit par ressem­bler à n’importe quel petit Bri­tan­nique dépaysé face à la nature sauvage. Padding­ton au Pérou adopte alors les codes du film d’aventures pour en livr­er un pas­tiche dévi­tal­isé – qui n’est pas sans rap­pel­er le récent (et médiocre) Jun­gle Cruise.

Seule une scène se démar­que un peu, celle qui réu­nit le groupe D Lime et Olivia Col­man dans une par­o­die de La Mélodie du bon­heur. Ce frag­ment de comédie musi­cale per­met de retrou­ver un peu de l’exubérance passée, mais aux moyens de gross­es ficelles : ain­si du caboti­nage de l’actrice (dans un rôle de nonne sur­voltée) ou des nom­breux clins d’œil aux autres films (l’esthétique car­ton-pâte du pop-up book de Padding­ton 2 ou un caméo de Simon Farn­a­by). Le film se révèle par ailleurs dénué du mau­vais esprit dont fai­sait preuve Paul King à l’égard de ses stars – c’était le cas de Nicole Kid­man, qui incar­nait une aven­turière obsédée par la taxi­der­mie, et de Hugh Grant, jouant un bel­lâtre ringard. La par­ti­tion réservée à Anto­nio Ban­deras s’avère ici plus paresseuse et inof­fen­sive : Hunter Cabot, chas­seur de tré­sor raté et séduc­teur à la petite semaine, ne con­stitue qu’une nou­velle itéra­tion des per­son­nages his­paniques stéréo­typés que l’acteur incar­ne à Hol­ly­wood depuis près de trente ans. Ten­té par l’appât du gain (cf. l’apparition récur­rente d’un ancêtre con­quis­ta­dor qui rép­ri­mande le per­son­nage) mais por­teur d’un amour sincère pour sa fille, Cabot est révéla­teur des con­tra­dic­tions qui tirail­lent le film. Entre la célébra­tion des freaks et le con­te moral sur l’unité famil­iale, Padding­ton au Pérou ne parvient pas à choisir, quitte à opter pour un dénoue­ment con­ven­tion­nel cen­tré sur la famille Brown, en forme d’éloge de la « prise de risque ». Comme dans les précé­dents volets, les scènes qui leur sont con­sacrées sont les plus faibles. Dom­mage qu’elles occu­pent ici la majeure par­tie du film : elle plombe l’ensemble d’une niais­erie à laque­lle la saga était jusqu’alors par­v­enue à échap­per.