Fer­nan­do True­ba, cinéaste espag­nol, se con­sacre pour sa dernière œuvre à Can­deal, une favela brésili­enne, véri­ta­ble refuge musi­cal. Intéressé par cette atmo­sphère créa­tive, True­ba a décidé d’en réalis­er un doc­u­men­taire de deux heures. Mal­heureuse­ment, l’honor­able objec­tif échoue. La con­struc­tion nar­ra­tive est mal struc­turée et aucune qual­ité pure­ment ciné­matographique ne vient la rat­trap­er.

Que de bon­heur décrit dans cette favela de Bahia qu’est Can­deal ! De nature opti­miste, Fer­nan­do True­ba perçoit cette favela comme de « la beauté à l’é­tat pure ». Il dresse alors durant deux heures le por­trait d’un lieu musi­cal dom­iné par des per­son­nal­ités dif­férentes mais toutes envoûtées par la musique. Bebo Valdes, pianiste cubain et ami de True­ba, sert de guide pour ce périple. Mal­heureuse­ment, ce dernier accélère le pas dès les pre­mières min­utes, au risque d’é­gar­er le spec­ta­teur…

La pre­mière scène est sig­ni­fica­tive de l’en­vie de True­ba d’en­tr­er très vite au cœur du sujet, trop vite même. En quelques plans, il passe d’un lieu à un autre sans installer son per­son­nage prin­ci­pal. Celui-ci, en quelques plans, passe d’un aéro­port, à un hôtel, puis à une église où Valdes vient écouter de la musique. Regret­table que l’en­trée à l’in­térieur de ce ter­ri­toire incon­nu ne soit pas représen­té visuelle­ment. Aucune attente n’est ressen­tie. Le cinéaste tente d’ex­pli­quer d’emblée au spec­ta­teur l’en­jeu de son doc­u­men­taire et de son titre, notam­ment, comme s’il cher­chait à finir un tra­vail qui doit s’établir tout au long d’un film. Ain­si, Can­deal est révélée comme un cœur habité par un duo insé­para­ble, la reli­gion et la musique. Le thème est recev­able mais dit de manière trop explicite. True­ba se fait dévor­er par son désir de trans­met­tre « l’idée mère » d’un sujet imposant dès ce début de film. Il appa­raît alors claire­ment un véri­ta­ble prob­lème de con­struc­tion.

La cause de ce dernier provient d’un mon­tage peu flu­ide, trop com­plexe pour en dégager l’idée générale qui aurait pu être par la suite appro­fondie. Au bout du compte, les scènes s’ac­cu­mu­lent, les per­son­nages sec­ondaires aus­si et la com­préhen­sion chute au fur et à mesure du doc­u­men­taire. Bebo Valdes dis­paraît même soudaine­ment pour revenir quinze min­utes plus tard, en présence d’un nou­veau per­son­nage, sur­gi de nulle part. Entre-temps, True­ba s’est attardé à décrire le quo­ti­di­en d’un musi­cien durant quelques min­utes. Sa volon­té d’ex­haus­tiv­ité est poussée à l’ex­trême et cela a pour con­séquence la créa­tion d’un album de sou­venirs, un ensem­ble de scènes isolées sans lien réel.

Ce manque de cohé­sion glob­ale aurait pu être rat­trapé par un tal­ent esthé­tique. Il n’en est rien. Le cinéaste espag­nol n’est pas Wim Wen­ders. La caméra est rel­a­tive­ment fixe. Il prend peu de risque con­traire­ment au réal­isa­teur de Bue­na Vista Social Club. Wen­ders arrivait par un sim­ple mais beau mou­ve­ment à lier visuelle­ment un chanteur et une chanteuse, comme s’ils étaient unis par la musique. Un gros plan n’é­tait employé que pour mon­tr­er l’é­mo­tion d’un per­son­nage face à la musique. El Mila­gro de Can­deal a au moins l’in­térêt d’être porté par un réal­isa­teur pas­sion­né. Espérons qu’à l’avenir, il saura mûrir, sur un plan ciné­matographique, pour faire partager à autrui sa pas­sion pour la musique.