L’ambition d’Hori­zon, une saga améri­caine rap­pelle celle de pro­duc­tions hol­ly­woo­d­i­ennes d’un autre âge, comme La Con­quête de l’Ouest : bâtir, à tra­vers plusieurs lignées et généra­tions, une grande fresque chorale sur la coloni­sa­tion du Far West. Si le film à sketchs signé Hen­ry Hath­away, John Ford et George Mar­shall s’étendait déjà sur près de trois heures, il ne s’agit ici que d’un pre­mier chapitre, qui sera bien­tôt suivi (en sep­tem­bre, puis courant 2025) de trois autres pour un total de plus de dix heures. Ce n’est guère un hasard si cette durée record évoque davan­tage celle d’une série télévisée ; à l’avenant, la con­struc­tion du film explore des tra­jec­toires par­al­lèles qui ne con­verg­eront qu’au prochain volet – si l’on en croit un long teas­er final, qui rap­pelle les petites ban­des-annonces ponc­tu­ant les vieux soap, pour inviter les spec­ta­teurs à revenir la semaine suiv­ante. Qu’il s’agisse du cow-boy jus­tici­er cam­pé par Kevin Cost­ner, flan­qué d’une jeune femme et d’un bébé sous sa pro­tec­tion, des sur­vivants d’une attaque d’Indiens ou d’une car­a­vane de pio­nniers, les per­son­nages d’Hori­zon se con­tentent pour le moment d’avancer sans se crois­er au sein d’un mon­tage typ­ique­ment sériel qui jon­gle entre dif­férents pro­tag­o­nistes pour main­tenir l’attention du spec­ta­teur.

Cette logique feuil­leton­nante dilapi­de rapi­de­ment l’ambition épique du film au prof­it d’une suc­ces­sion de vignettes anec­do­tiques – l’enlisement du réc­it dans de laborieuses séquences de dia­logue ressem­ble même par moments à du rem­plis­sage. On s’étonnerait presque que cette longue intro­duc­tion ait trou­vé son chemin jusqu’aux salles de ciné­ma, tant elle obéit à plusieurs car­cans formels et nar­rat­ifs des films ou séries de plate­formes ; le film enchaîne ain­si des plans moyens imper­son­nels à la tex­ture numérique par­ti­c­ulière­ment lisse, baignés d’une soupe musi­cale qua­si-con­tin­ue. Cette mise en scène arthri­tique ne s’éveille pas davan­tage lors des séquences plus mou­ve­men­tées – notam­ment le long mas­sacre des colons sur­venant durant la pre­mière heure, d’une éton­nante mol­lesse – qui évo­quent davan­tage une recon­sti­tu­tion figée qu’une épopée his­torique.

Para­doxale­ment, Hori­zon relève autant d’un for­matage télévi­suel très con­tem­po­rain que d’une pein­ture archaïque et datée de l’Ouest améri­cain. Der­rière sa diver­sité de façade, le film rejoue sans trop ciller l’indéfectible bru­tal­ité des Indi­ens face aux colons mar­tyrs, ou encore la viril­ité taiseuse des cow-boys (cf. une longue séquence embar­ras­sante dans laque­lle le per­son­nage de Cost­ner se voit cour­tisé par celui d’Abbey Lee Ker­shaw, de trente ans sa cadette). À l’image de ces représen­ta­tions d’un autre temps (les fig­ures féminines ne sont d’ailleurs là que pour être sauvées ou observées à demi-nues), rien de très neuf ou de sin­guli­er ne se dégage d’Hori­zon, film tourné vers le passé dont la démarche tient finale­ment d’une antholo­gie des lieux com­muns du west­ern : saccage d’une colonie, rou­tine d’un fort mil­i­taire, con­seil de guerre indi­en, attaque de dili­gence (annon­cée pour un prochain volet)… La sincérité de son attache­ment à cette mytholo­gie n’y change pas grand-chose : Kevin Cost­ner réduit ici le Far West à une toile pous­siéreuse.