L’intrigue de Pen­dant ce temps sur Terre est assez promet­teuse : brisée par la dis­pari­tion inex­pliquée de son frère cos­mo­naute, Elsa (Megan Northam) entrevoit un jour la pos­si­bil­ité de le ramen­er sur Terre lorsqu’elle est con­tac­tée par des entités venues d’ailleurs. Objet hybride com­posé de quelques séquences ani­mées (Jérémy Clapin s’est d’abord illus­tré avec J’ai per­du mon corps), le film s’apparente à un patch­work com­posé de divers emprunts à la sci­ence-fic­tion, d’Inter­stel­lar à Body Snatch­ers. Si la ren­con­tre de ces influ­ences ménage par­fois une étrangeté bien­v­enue (notam­ment durant la pre­mière séquence de télé­por­ta­tion près d’une souche d’arbre), le film, cen­tré sur le tour­ment d’Elsa, épouse toute­fois une forme invari­able­ment tapageuse : la fig­u­ra­tion de la douleur de l’héroïne écrase toute autre ambi­tion de mise en scène.

Clapin mul­ti­plie les ralen­tis et les gros plans affligés dans lesquels seul le vis­age d’Elsa se détache du flou. Ces derniers se trou­vent baignés de la musique dis­so­nante de Dan Levy, dont l’omniprésence trans­forme pro­gres­sive­ment le film en une sorte de long clip – comme en témoigne le procédé con­sis­tant à couper le son in d’une scène de ten­sion pour ne laiss­er enten­dre que la bande-orig­i­nale. En guise d’un por­trait intime, on assiste ain­si à un empile­ment d’effets de manche. Il en va de même pour les séquences d’animation : si ces dernières auraient pu étof­fer la rela­tion entre Elsa et son frère, elles font surtout fig­ure d’artifices tire-larmes surlig­nant l’impossibilité d’un deuil que la mise en scène peine à incar­n­er.