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Mysterious Skin

Mysterious Skin

de Gregg Araki

  • Mysterious Skin
  • États-Unis2004
  • Réalisation : Gregg Araki
  • Scénario : Gregg Araki
  • d'après : le roman Mysterious Skin
  • de : Scott Heim
  • Image : Steve Gainer
  • Montage : Gregg Araki
  • Producteur(s) : Gregg Araki, Jeffrey Levy-Hinte, Mary Jane Skalski
  • Interprétation : Joseph Gordon-Levitt (Neil), Richard Riehle (Charlie), Michelle Trachtenberg (Wendy), Brady Corbet (Brian), Elisabeth Shue (Mme McCormick), Bill Sage (l'entraîneur), Chase Ellison (Neil à 6 ans), George Webster (Brian à 8 ans)...
  • Date de sortie : 30 mars 2005
  • Durée : 1h39

Mysterious Skin

de Gregg Araki

L'audace et le conformisme


L'audace et le conformisme

Pour son qua­trième long-métrage, Gregg Ara­ki a choisi un thème fort et con­tro­ver­sé : la pédophilie. Mais en con­frontant de manière mécanique la des­tinée de deux ado­les­cents que tout oppose à pri­ori, le réal­isa­teur annule ses pro­pres inten­tions et « net­toie » son film de toute ambiguïté morale.

Neil et Bri­an ont huit ans lorsqu’ils se ren­con­trent pour la pre­mière fois sur un ter­rain de base-ball. Dix années sont passées et cha­cun a vécu sa vie sans jamais recrois­er le chemin de l’autre. Et pour­tant, Bri­an, ado­les­cent asex­ué plan­qué der­rière ses gross­es lunettes, fait le même cauchemar depuis cette ren­con­tre, depuis cet été où cinq heures de sa vie ont totale­ment dis­paru, volées par d’im­mon­des extrater­restres avides d’ex­péri­men­ta­tions. Per­suadé que Neil peut lui révéler la clé de cette énigme, il se met en tête de le retrou­ver. Tout son con­traire, celui-ci est devenu un jeune éphèbe qui mène une vie chao­tique où pros­ti­tu­tion et drogues vien­nent con­tre­bal­ancer l’ab­sence symp­to­ma­tique de plaisir.

Selon un procédé somme toute assez clas­sique et très linéaire, le réal­isa­teur pose l’ex­is­tence de ces deux ado­les­cents que rien ne prédis­pose à se ren­con­tr­er. L’un est inhibé et com­plexé tan­dis que l’autre ne vit que pour le sexe et la défonce. Ce qui les rap­proche ? Un père en retrait ou car­ré­ment absent (for­cé­ment) et un secret de polichinelle que la mise en scène, trop démon­stra­tive, trahit très rapi­de­ment. Pour­tant, le (très beau) por­trait de Neil aurait pu, à lui seul, trans­former ce film déce­vant en véri­ta­ble objet de fas­ci­na­tion. Car en osant par­ler d’une rela­tion pédophile du point de vue d’un enfant a pri­ori con­sen­tant, Gregg Ara­ki trans­gresse bon nom­bre de tabous, évi­tant le manichéisme sou­vent req­uis pour ce type de sujet. Si cette audace peut cepen­dant inquiéter pen­dant quelque temps, le réal­isa­teur témoigne d’un savoir-faire assez excep­tion­nel et évite les pièges inutile­ment dan­gereux en cap­tant toute la vacuité de l’après. Car depuis cette pre­mière et courte jouis­sance, Neil flotte et erre, mélan­col­ique, comme si plus rien ni per­son­ne ne pou­vait l’at­tein­dre, lui dont le corps est devenu un antre de jouis­sance éphémère.

Mais ce per­son­nage fasci­nant effraie tout autant l’en­tourage proche que le réal­isa­teur qui préfère lui oppos­er un garçon gauche et com­plexé au risque d’an­nuler toute cette audace qui fai­sait la force du film. Leurs deux vies s’emboîtent alors comme deux inof­fen­sives briques de Légo, jus­ti­fi­ant con­scien­cieuse­ment, jusqu’au dénoue­ment par­ti­c­ulière­ment déce­vant, la présence de chaque per­son­nage, de chaque scène. Ici, bien loin du ciné­ma tor­turé de Lynch auquel le cinéaste fait man­i­feste­ment référence (revoyons plutôt Twin Peaks : Fire Walk With Me sur un sujet sen­si­ble­ment sim­i­laire), la solu­tion fait par­tie inté­grante de l’équa­tion, ce qui donne au spec­ta­teur une bonne avance sur l’en­jeu du film qui, pour le coup, s’a­menuise à vue d’œil. À voir com­ment, dans la scène finale (plus mal­adroite encore que le dénoue­ment psy­ch­analysant de Marnie d’Al­fred Hitch­cock), le réal­isa­teur met l’in­con­scient de ses per­son­nages au rabais, en s’at­tachant à met­tre sys­té­ma­tique­ment des mots sur l’indi­ci­ble, à expliciter ce qui aurait pu encore nour­rir une forme d’am­biguïté, on est en droit de s’in­ter­roger sur les véri­ta­bles inten­tions d’un film qui, n’op­posant qu’om­bre et lumière, s’est vu con­traint de faire un choix pour le moins sim­pliste. D’un sujet brûlant, Gregg Ara­ki, fig­ure de proue du ciné­ma gay indépen­dant, n’a tiré qu’une tiède his­toire, con­scien­cieuse­ment classée avant que le spec­ta­teur ne quitte la salle.

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