Space­man appar­tient a pri­ori au ver­sant plus « sérieux » de la car­rière d’Adam San­dler (au même titre que Uncut Gems, Hus­tle, etc.) – mais a pri­ori seule­ment, tant le ridicule de cer­taines séquences fait bas­culer le film dans le champ du nanar. Jakub est un astro­naute envoyé aux con­fins de l’espace pour étudi­er une mys­térieuse for­ma­tion astrale. Isolé du reste de l’humanité, il ne reçoit plus de nou­velles de sa femme Lenka (Carey Mul­li­gan) et com­mence à s’inquiéter : l’attendra-t-elle, ou s’est-elle détournée de lui ? Il fait alors la ren­con­tre d’Hanuš (dou­blé par Paul Dano), une créa­ture inquié­tante prenant peu ou prou la forme d’une mygale géante, avec qui il développe une éton­nante ami­tié. Le film se révèle d’emblée pris­on­nier de sa prin­ci­pale astuce de fil­mage : la caméra flot­tante, qui vise à faire ressen­tir les effets de la grav­ité, sem­ble dis­penser Johan Renck de com­pos­er ses plans. Cet effet de bal­lote­ment donne sim­ple­ment le sen­ti­ment de nav­iguer aléa­toire­ment à l’intérieur du vais­seau, pour cul­tiv­er une impres­sion (lim­itée) d’immersion dans le quo­ti­di­en de l’astronaute.

Ce choix explique en par­tie la mol­lesse du film, qui transparaît aus­si dans le déploiement du réc­it. Les con­ver­sa­tions de Jakub et Hanuš pren­nent vite la forme d’une longue séance de psy­ch­analyse empesée par une écri­t­ure trop explica­tive. À mesure que le per­son­nage évoque ses sou­venirs, des images de son passé lui reparvi­en­nent par le truche­ment de plans dis­so­nants (un vor­tex aspire le cen­tre de l’image et en tord les bor­ds). Mais ces plans, cen­sés rompre avec le flot­te­ment de la caméra, dis­pensent une nou­velle fois le film de penser sa mise en scène : réu­til­isé à foi­son, l’effet sonne comme une red­ite dès sa deux­ième itéra­tion. Le film rejoue alors inlass­able­ment une même scène, qui voit Jakub con­fi­er ses cha­grins tan­dis qu’Hanuš (une mygale géante, rap­pelons-le) l’écoute patiem­ment en ser­rant con­tre lui un pot de pâte à tartin­er. C’est le seul mérite de Space­man : sus­citer quelques rires involon­taires.