Dédiées au ciné­ma indépen­dant et à la scène expéri­men­tale, Les Ren­con­tres ciné­matographiques du jeune ciné­ma, organ­isées à Hyères entre 1965 et 1982, furent pen­dant une poignée d’années le point de ral­liement de cinéastes nais­sants – Claude Lelouch, Guy Gilles, Philippe Gar­rel, Chan­tal Aker­man, Théo Angelopou­los… – et de cen­taines d’inconnus, dont les films ont fini par dis­paraître, faute de dif­fu­sion. En prise avec l’ambiance post-68, les films sélec­tion­nés par Mar­cel Mazé et Rui Nogueira témoignaient d’un désir de lib­erté, ren­du pos­si­ble par la pau­vreté finan­cière et une cer­taine rad­i­cal­ité esthé­tique. De ces années de feu, le doc­u­men­taire Jeune ciné­ma d’Yves-Marie Mahé peine toute­fois à retran­scrire l’insolence et l’inventivité. Util­isées de manière chronologique, les archives rem­plis­sent ici une fonc­tion stricte­ment infor­ma­tive, con­sis­tant à restituer le par­fum d’une époque révolue, tout en démon­trant l’impact des déci­sions poli­tiques sur la vie du fes­ti­val : après avoir été plusieurs fois délo­cal­isé, ce dernier ne sera pas renou­velé en 1983 sur déci­sion du con­seil munic­i­pal de la ville d’Hyères, dont la majorité était passée à droite.

Lieu d’échange par­ti­c­ulière­ment fécond, le fes­ti­val se retrou­ve bien vite réduit à une série de vignettes pit­toresques relatées par quelques fig­ures impor­tantes de son his­toire (Bernadette Lafont, Bulle Ogi­er, Dominique Noguez, Mar­guerite Duras…). Racon­tée, comme dirait Genet, « dans la langue de l’ennemi » (le cor­pus est presque inté­grale­ment con­sti­tué d’extraits de reportages télévisés), cette his­toire alter­na­tive du ciné­ma aurait pu servir de ter­reau à une réflex­ion sur l’inévitable insti­tu­tion­nal­i­sa­tion des marges artis­tiques – le doc­u­men­taire sera d’ailleurs lui-même dif­fusé par le groupe Ciné+ après sa sor­tie en salles. Mahé joue au con­traire prudem­ment la carte de la nos­tal­gie, en met­tant l’accent sur les divers­es provo­ca­tions à l’œuvre dans les films (par exem­ple, une scène d’émasculation tirée de La Femme bour­reau de Jean-Denis Bonan), mais aus­si lors des pro­jec­tions – cf. l’interruption d’un échange avec le pub­lic par les mil­i­tants du Front Homo­sex­uel d’Action Révo­lu­tion­naire, inti­mant le réal­isa­teur de « mon­tr­er son cul ». Loin de mon­tr­er les lim­ites du dis­cours médi­a­tique, le film souscrit sou­vent aux straté­gies de mise en scène habituelles du doc­u­men­taire télé, notam­ment dans son util­i­sa­tion des images fix­es (pho­togra­phies ou titres de presse), filmées sys­té­ma­tique­ment avec un léger zoom pour don­ner un sen­ti­ment fac­tice de mou­ve­ment et ne pas per­dre l’attention du spec­ta­teur. Trop court pour don­ner une vue en coupe de la nou­velle généra­tion du ciné­ma français des années 1970, trop long pour se con­tenter d’empiler les anec­dotes, Jeune ciné­ma se situe dans un entre-deux ingrat qui finit par escamot­er son intérêt.