Le deux­ième long-métrage de Daniel Gold­haber se présente comme l’adaptation de Com­ment sabot­er un pipeline[1], un essai de stratégie éco­marx­iste dans lequel Andreas Malm érige la destruc­tion d’infrastructures pol­lu­antes en out­il incon­tourn­able du com­bat écol­o­giste. Le film pro­longe toute­fois le livre plus qu’il ne le porte véri­ta­ble­ment à l’écran : Malm ne don­nait pas de con­seils pra­tiques à qui voudrait s’en pren­dre à l’industrie pétrolière, mais expli­quait pourquoi il deve­nait à ses yeux néces­saire de s’engager dans cette voie, sans s’attarder sur le « com­ment ». En suiv­ant un groupe de jeunes activistes pro­je­tant de détru­ire un pipeline, Sab­o­tage pro­pose dès lors une sorte de cas pra­tique illus­trant le dis­cours du mil­i­tant.

Le début du film, cen­tré sur le quo­ti­di­en des activistes, baigne dans une esthé­tique à la fois sur­voltée et bal­isée, qui évoque notam­ment les derniers longs-métrages des frères Safdie. L’association entre musique élec­tron­ique, image sat­urée et caméra portée y fig­ure à gros traits l’activité poli­tique comme une décharge d’adrénaline. Peu inspirée, cette entrée en matière précède un réc­it reposant sur un choix assez con­venu : l’intrigue est régulière­ment inter­rompue par des flash­backs mon­trant com­ment chaque per­son­nage en est venu à rejoin­dre le com­bat écol­o­giste. En plus de cass­er le rythme de l’action, ce procédé mobilise des ressorts psy­chologiques trop sim­plistes, en sug­gérant qu’il faut avoir été directe­ment vic­time de la crise écologique pour s’engager (un per­son­nage a per­du sa mère lors d’une vague de canicule, un autre souf­fre d’une mal­adie liée à la pol­lu­tion de l’air…). Témoignant d’un même souci de lit­téral­ité, des dia­logues expédi­tifs résu­ment les prin­ci­pales thès­es de Malm : le « cap­i­tal fos­sile » comme enne­mi prin­ci­pal, la vio­lence con­tre les humains comme ligne rouge à ne pas franchir… Si l’on com­prend l’horizon péd­a­gogique et vul­gar­isa­teur du pro­jet, dif­fi­cile de voir dans ses procédés inof­fen­sifs un moyen effi­cace de métabolis­er les affects sus­cités par la cat­a­stro­phe écologique.

Notes

Notes
↑1 Andreas Malm, Com­ment sabot­er un pipeline, traduit de l’anglais par Éti­enne Dobe­nesque, Paris, La Fab­rique, 2020.