À par­tir d’un canevas régres­sif (un ancien guer­ri­er légendaire recon­ver­ti chercheur d’or décime à lui tout seul l’intégralité d’un rég­i­ment Nazi en Laponie), Sisu organ­ise un jeu de mas­sacre où chaque chapitre décline une nou­velle manière de s’entretuer : com­bat à mains nues, assas­si­nats sous l’eau, lancer de mines, etc. Le film, qui opère une syn­thèse entre l’imaginaire du west­ern et celui de la Sec­onde Guerre mon­di­ale, affiche un vir­il­isme qui pour­rait aus­si bien relever de la par­o­die que du pre­mier degré. Plusieurs idées, comme la voix-off rocailleuse de l’introduction ou le canon d’un tank assim­ilé à un sexe en érec­tion au point de lit­térale­ment pénétr­er une remorque rem­plie de femmes pris­on­nières, sont amenées avec une telle grandil­o­quence qu’il est sou­vent déli­cat de démêler le mau­vais goût de l’ironie. La fas­ci­na­tion presque prim­i­tive du film pour son per­son­nage prin­ci­pal, mon­tagne de mus­cles qui n’hésite pas à s’immoler par le feu ou à vers­er de l’essence sur ses plaies, va de pair avec une série d’effets icon­isants : musique épique, gros plans sur des poings ser­rés et des regards menaçants, etc. La pour­suite du badass paraît con­stituer l’horizon prin­ci­pal de ce diver­tisse­ment qui, sous cou­vert de sac­ri­fi­er toute forme d’intrigue sur l’autel de la bru­tal­ité, ne con­serve en réal­ité que les aspects les plus super­fi­ciels du ciné­ma d’action.

Par­mi les nom­breuses références que brasse Sisu, la plus évi­dente est peut-être John Wick, saga elle-aus­si pro­duite par Lion­s­gate. Jal­mari Helander lui emprunte notam­ment sa façon de racon­ter les orig­ines de son héros, « L’Immortel » (comme Wick était le « Croque-mitaine »). Mais là où le charme des John Wick tient à la longueur de ses fusil­lades aux choré­gra­phies ambitieuses, Sisu esquisse rapi­de­ment le cœur des affron­te­ments pour mieux polir l’aura légendaire de son per­son­nage. Passé un pre­mier com­bat dont la vio­lence graphique ne parvient pas à faire oubli­er un découpage brouil­lon, les mis­es à mort qui suiv­ent se déroulent essen­tielle­ment hors champ : sous l’eau, per­dues dans la fumée d’une explo­sion, ou alors sim­ple­ment évac­uées par une ellipse. La trans­for­ma­tion du chercheur d’or en fig­ure mythologique, assas­sin presque omni­scient et invis­i­ble, passe ain­si par une raré­fac­tion des face-à-face qui dépouille quelque part le film de son poten­tiel jubi­la­toire. Les meurtres se suiv­ent mécanique­ment et, hormis les quelques trou­vailles de la pre­mière heure, l’ensemble finit vite par tomber dans une répéti­tiv­ité paresseuse aux influ­ences mal digérées.