Alors qu’ils flâ­nent dans un chantier du « Grand Paris Express[1] », deux jeunes de Romainville, Leslie (Mahamadou San­garé) et Renard (Mar­tin Jau­vat, qui réalise égale­ment le film), tombent sur une pierre ornée de gravures mys­térieuses. À l’image de cette décou­verte inat­ten­due, Grand Paris prend le con­tre­pied de la tor­peur qu’inspirent d’abord les décors de la ban­lieue parisi­enne. Les images très claires, lai­teuses et aux teintes pas­tels, con­trastent avec les aplats béton­nés, tan­dis que le rythme soutenu des péripéties et des dia­logues s’oppose à la lenteur des travaux. Entre deux RER se des­sine ain­si une bud­dy com­e­dy, mât­inée de ston­er movie et de car­toon – comme en témoigne la galerie de per­son­nages sec­ondaires tru­cu­lents. L’artefact en main, le duo se rêve en ersatz d’Indiana Jones pour qui Saint-Rémy-lès-Chevreuse ferait office de tem­ple péru­vien : ils voy­a­gent tout au long du film aux qua­tre coins du monde sans quit­ter la grande couronne, des pyra­mides de Gizeh (repro­duites en minia­tures sur un rond-point) à l’océan Indi­en (en fumant de l’herbe en prove­nance de Mada­gas­car).

C’est en extrap­olant de la sorte sur le monde autour d’eux qu’ils enten­dent trans­former les Yve­lines en espace fan­tas­ma­tique, digne, comme ils le dis­ent eux-mêmes, du « Monde de Nar­nia ». L’idée est en germe dès la pre­mière séquence : Leslie est assis seul dans son apparte­ment, alors qu’à l’arrière-plan se tient la tour TDF de Romainville, dont les étages sont juchés comme une soucoupe au som­met d’un haut pili­er. Et si ces étranges formes ron­des étaient celles d’un vais­seau spa­tial ? Bien que le film s’obstine à matéri­alis­er cet hori­zon de sci­ence-fic­tion dans une con­clu­sion plus mal­adroite, c’est par son goût pour l’imagination que Mar­tin Jau­vat parvient à inve­stir les espaces périphériques d’une énergie nou­velle. Il brosse de même un por­tait assez juste et ten­dre de ses per­son­nages, qui se bercent d’illusions pour con­jur­er leur désœu­vre­ment. À mesure que la nuit se pro­longe et que les vapeurs de cannabis s’évaporent, l’atmosphère de con­te laisse poindre une forme de mélan­col­ie – la réplique « on est là », échangée machi­nale­ment en guise de salut, prend alors un sens doux-amer. On regret­tera un dernier tiers plus pataud, dans lequel Leslie et Renard quit­tent la ban­lieue pour se met­tre au vert. Accom­pa­g­né de dia­logues expli­cat­ifs, le film explicite alors les envies d’ailleurs des per­son­nages : elles auraient, elles aus­si, gag­né à rester de l’ordre de l’imaginaire.

Notes

Notes
↑1 Pro­jet de lignes de métro quadrillant la cap­i­tale et ses com­munes périphériques, en cours de réal­i­sa­tion.