Dodo s’ouvre sur une séquence en trompe-l’œil dans laque­lle la caméra adopte le point de vue du célèbre oiseau dis­paru, orig­i­naire de l’île Mau­rice. Pour­suivi par des chiens en pleine nuit, le volatile zigzague dans les four­rés avant de s’en­gouf­fr­er dans la faille d’un mur en ruines – loin­tain écho au ter­ri­er d’Alice au pays des mer­veilles, évo­qué plus tard au détour d’un dia­logue. Mais Dodo n’est pas Eo, le dernier film de Skolimows­ki, où l’on voit le monde à tra­vers le regard d’un âne : très vite, Panos H. Koutras délaisse le point de vue de l’animal pour lui préfér­er celui d’une quadragé­naire en crise, pour qui l’apparition de l’oiseau est un signe à inter­préter en miroir de sa vie et de celle de ses proches, réu­nis aux envi­rons d’Athènes, dans une grande vil­la où se pré­pare un mariage.

L’absurdité que promet le syn­op­sis de Dodo se révèle toute rel­a­tive : l’oiseau a beau venir per­turber un peu les pré­parat­ifs, il ne con­stitue pour autant jamais le cen­tre de grav­ité du réc­it, Koutras préférant retran­scrire plate­ment une série de con­ver­sa­tions sans enjeu entre dif­férentes fig­ures arché­typ­ales (une bour­geoise névrosée, un vieil homme infidèle, des ouvri­ers occupés à dra­guer la future mar­iée, un duo de migrants, etc.). L’anachronisme pro­duit par la présence du dodo se trou­ve hélas relégué à une poignée de scènes bur­lesques qui peinent à inter­rompre le ron­ron d’un petit théâtre social à l’envergure digne, il faut le dire, d’un télé­film. Loin de la « rhinocérite » de Ionesco, dont le film s’inspire, la « dodoïte » de Koutras se lim­ite à un traité sur la décrépi­tude d’une con­trée mil­lé­naire – la Grèce – con­fron­tée à son éventuelle dis­pari­tion. Une réplique de la future mar­iée résumera le pro­pos : « Qui va se souci­er de cet oiseau ? Qui va se souci­er de nous ? » Pas sûr qu’il fal­lait 2h12 d’échanges abscons pour saisir le par­al­lèle.