D’un bout à l’autre d’A Chiara, l’héroïne du troisième long-métrage de Jonas Carpig­nano impose à la mise en scène son rythme heurté. Remuant ciel et terre pour retrou­ver la trace de son père fugi­tif, l’ado­les­cente tra­verse, en furie, de longues scènes bruyantes et étirées. Lors de la longue séquence d’an­niver­saire qui occupe le pre­mier quart du film, Chiara somme par exem­ple son père de faire un dis­cours, ce qu’il refuse ; pen­dant une longue minute, le ton monte avant que les larmes ne coulent sur le vis­age des deux pro­tag­o­nistes. L’in­ten­sité con­stru­ite sur la longueur lors des dif­férentes scènes ne peut débouch­er que sur le spec­ta­cle d’une défla­gra­tion, idée que le film illus­tr­era à deux repris­es : d’abord, lors de l’ex­plo­sion d’une voiture devant le domi­cile de Chiara, puis lorsqu’elle jette un pétard enflam­mé au vis­age d’une enfant Rom. La tra­jec­toire du per­son­nage sup­pose donc qu’au fil de ses recherch­es, elle apprenne à maîtris­er cette énergie débor­dante, mar­que lais­sée par l’ « hérédité vio­lente » qui lie des mem­bres de sa famille, tous ayant fait allégeance à la ‘Ndrangheta (mafia cal­abraise dont le père de Chiara est l’un des lieu­tenants)[1]. En con­tre­point de ce déchaîne­ment de vio­lence, le sport con­stitue un vecteur de libéra­tion pour la jeune femme : le film se clôt ain­si sur un plan où Chiara atteint la lignée d’ar­rivée d’une piste d’ath­létisme avant de dis­paraître dans la pro­fondeur de champ, manière assez pesante de sig­ni­fi­er qu’elle s’est libérée de son lourd atavisme famil­ial. Si les inten­tions du film de Jonas Carpig­nano sont claires – seule la témérité d’une femme indignée peut venir à bout de la loi du silence imposée par la mafia –, l’exé­cu­tion manque de finesse. Alter­nant les scènes d’hys­térie et les joutes ora­toires bru­tales sans temps morts, il impose son dis­cours à coup de mas­sue sans pren­dre le temps de ménag­er de véri­ta­bles moments de res­pi­ra­tion. On ressort de la séance grog­gy, mais surtout lassé par les automa­tismes d’une écri­t­ure mono­lithique.

Notes

Notes
↑1 On notera à ce titre que les per­son­nages prin­ci­paux sont joués par une véri­ta­ble famille d’ac­teurs non-pro­fes­sion­nels orig­i­naires de Cal­abre.