Adap­ta­tion d’un best-sell­er cana­di­en, La Déesse des mouch­es à feu sem­ble dès les pre­mières min­utes vouloir éviter les (nom­breux) écueils du film ini­ti­a­tique ado­les­cent, mais ne parvient qu’à repro­duire des motifs et clichés du genre (con­sti­tu­tion d’amis, scènes de première(s) fois, amourettes, etc.). La rup­ture des par­ents de Cather­ine, à grand ren­fort de cris et de vio­lentes dis­putes, est le point de départ de la rébel­lion de cette timide ado­les­cente qui som­bre dans une addic­tion à la mesca­line en rejoignant une nou­velle bande d’amis. Ce besoin d’affection est à peu près le seul élé­ment fourni par le réc­it pour jus­ti­fi­er le com­porte­ment de Cather­ine, source de scènes incon­sis­tantes reposant davan­tage sur des fig­ures stéréo­typées que sur de véri­ta­bles per­son­nages. Seul celui de Mélanie, par­mi les ado­les­cents, parvient à entretenir une cer­taine ambiguïté, se faisant rivale puis alliée de l’héroïne – mais c’est au prix d’une over­dose qu’elle finit par exis­ter dans le réc­it. La mise en scène souf­fre en par­ti­c­uli­er d’un manque de finesse lorsqu’il s’agit de représen­ter, en par­al­lèle, le tour­nant mélo­dra­ma­tique de la vie famil­iale de Mélanie (la cham­bre de sa nou­velle mai­son dont la vue donne sur un champ de lignes à haute ten­sion, ou les objets sym­bol­isant le passé que se dis­putent ses par­ents).

Par­mi les mal­adroites ten­ta­tives pour faire se rejoin­dre les deux mon­des du per­son­nage (d’un côté, l’implosion du noy­au famil­ial, et de l’autre ses virées avec les copains junkies) fig­ure l’une des scènes les plus grotesques du film, lorsque les par­ents qui jusque-là se jetaient les pires insultes au vis­age se réc­on­cilient pour faire cause com­mune face à l’addiction de leur fille. Ce retourne­ment de sit­u­a­tion achève de décrédi­bilis­er l’ensemble du film, déjà frag­ilisé par son esthé­tique bour­sou­flée d’effets clipesques vin­tage déjà vus cent fois ailleurs. Tous les pré­textes sont bons pour martel­er l’ancrage du film dans les années 1990, de la bande-son con­sti­tuée de hits datés (après Com­par­ti­ment n°6, c’est la deux­ième fois en une semaine que l’on entend Voy­age, voy­age au ciné­ma) au grain numérique pour imiter la pel­licule. La Déesse des mouch­es à feu se fait finale­ment rat­trap­er pré­cisé­ment par ce qu’il cher­chait à fuir : les con­ven­tions et les idées reçues.