Si les ado­les­cents de Monos sem­blent jouer à la guerre plutôt que la faire, il en va de même pour Ale­jan­dro Lan­des, qui joue aux films de guerre et de jun­gle sans par­venir à se forg­er une iden­tité pro­pre. Entre deux références pous­sives à Apoc­a­lypse Now ou à Aguirre[1], le film s’acharne à vouloir impres­sion­ner en marte­lant son orig­i­nal­ité dans une suc­ces­sion de vignettes qui mon­trent le quo­ti­di­en d’une tribu de jeunes sol­dats (les « Monos ») gar­di­ens d’une otage améri­caine (Julianne Nichol­son). Leur étrangeté parvient, au mieux, à évo­quer un cer­tain réal­isme mag­ique : c’est par exem­ple le cas lors de la scène de l’en­traîne­ment (où appa­raît l’é­ton­nant per­son­nage du Mes­sager, dont la petite taille n’empêche pas l’au­torité naturelle), ou dans celle de la prise de champignons hal­lu­cinogènes, qui pour­raient toutes deux fig­ur­er dans un roman de Gabriel Gar­cía Márquez. Mais à force de tir­er le fil des per­son­nages qui tour à tour s’ai­ment et se détes­tent de façon tou­jours mal­saine, le trou­ble tant désiré peine à s’im­pos­er. La faute en revient à la manière dont le film joue grossière­ment la carte de la dépense d’én­ergie : les acteurs ne cessent de crier et de se tartin­er de boue, les boucles abra­sives de Mica Levi sont plate­ment util­isées pour exagér­er l’an­goisse, et la caméra tourne autour de l’ac­tion afin de l’en­glober, sans par­venir à pren­dre en charge un point de vue.

Cette absence de choix con­stitue le prob­lème prin­ci­pal du film. On croit d’abord à un échec de car­ac­téri­sa­tion des Monos (à quelques têtes brûlées près, ils se retrou­vent assez facile­ment divis­i­bles en sous-groupes au sein desquels ils sont échange­ables), mais les scènes de groupe peinent égale­ment à con­va­in­cre. La ten­ta­tive de représen­ta­tion d’un point de vue glob­al dis­paraît de toute manière dans la deux­ième par­tie du film. Au mitan de l’his­toire, Ale­jan­dro Lan­des emprunte une voie assez inat­ten­due, qui accouche de l’un des meilleurs moments du film. Lors de l’é­va­sion sur­prise de l’o­tage des Monos, le cinéaste embrasse ain­si un nou­veau reg­istre, plus romanesque, qui fait la part belle à l’ingéniosité de la Doc­to­ra, ain­si qu’à sa détresse – si bien que le film sort enfin de sa tor­peur. Reste qu’une fois la jeune femme rat­trapée par les Monos, le spec­ta­teur perd à nou­veau son point de vue jusqu’aux dix dernières min­utes du film, qui n’ar­rive plus à cam­ou­fler l’ab­sence de direc­tion. Et même si au bout du tun­nel un per­son­nage réus­sit son éva­sion, le film, lui, ne s’ex­trait jamais de l’avalanche d’ef­fets grossiers, jusqu’à un regard caméra final d’une grav­ité embar­ras­sante.

Notes

Notes
↑1 Pour Apoc­a­lypse Now, notam­ment une scène d’embuscade de voiture où les per­son­nages sont grimés comme Mar­tin Sheen chez Cop­po­la. Quant à Aguirre, le crescen­do de l’ivresse dans la jun­gle en est directe­ment inspiré