Adrien Pala­tine (Vin­cent Lacoste), acteur dandy sur la mau­vaise pente, accu­mule les gaffes, mais s’en sort à chaque fois, un peu par mir­a­cle, glo­rieuse­ment. Sauf que son énième retour chez maman (Emmanuelle Devos), après qu’il ait encore oublié ses clés, sonne le glas de sa vie de pat­a­chon, entre fumette chez les copains et drague au com­mis­sari­at. Cette fois, les doutes, les vex­a­tions et les échecs pro­fes­sion­nels et sen­ti­men­taux porteront sa face fleg­ma­tique au bord du dés­espoir, sur un pont de Paris. Avant de doc­u­menter un peu paresseuse­ment la dépres­sion et la rémis­sion pos­si­ble de son héros vel­léi­taire (le dernier seg­ment dans la clin­ique de repos appa­raît comme le moins intéres­sant), Antoine de Bary dresse un por­trait assez amu­sant, à défaut d’être réelle­ment con­va­in­cant, d’un jeune homme en crise vis-à-vis de sa mas­culin­ité. Face à la déca­dence de son patri­arche autre­fois idéal, reli­quat d’une époque où la mas­culin­ité était avant tout syn­onyme de puis­sance physique et sauvage (le choix pour ce rôle de Christophe Lam­bert, inter­prète de Greystoke, n’a rien d’anodin), l’affaissement neurasthénique d’Adrien s’avère un con­tre-mod­èle assez réjouis­sant, le per­son­nage se révélant au moins con­scient de son état assez mis­érable. Le choix de Vin­cent Lacoste, pour lequel le rôle sem­ble avoir été écrit, est à cet égard une évi­dence : la mol­lesse de son vis­age et la langueur de ses expres­sions en font l’interprète par­fait de ce « mâle bêta » qui sur­joue la vigueur à coup de pilules de via­gra, ressem­ble à Chap­lin lorsqu’il se grime en De Gaulle et s’habille en fille pour une soirée « pipe et pute ».

Accepter de se mon­tr­er tel qu’on est : voilà au fond l’horizon moral, beau et un peu naïf à la fois, que Mes jours de gloire ne pousse toute­fois jamais tout à fait à son terme. De Bary préfère accu­muler des vignettes rejouant une seule et même idée, celle qu’Adrien est un acteur obses­sion­nel de sa pro­pre vie, un histri­on qui ne cesse jamais de jouer à quelqu’un d’autre. D’emblée, son corps n’a de cesse d’être dis­so­cié de son image : placé des deux côtés de la caméra lors de son audi­tion (son vis­age est pro­jeté sur une télévi­sion pen­dant qu’il dis­cute avec le réal­isa­teur), on le ver­ra à la scène suiv­ante souf­fler les bou­gies d’un gâteau où est imprimé son vis­age. À la scène comme à la ville, sa vie ren­ferme une vaste série de men­songes, qui dotent sa per­son­nal­ité de mille facettes (ain­si que le rap­pelle l’affiche, assez laide, du film), toutes plus fauss­es les unes que les autres – à l’image de l’ou­ver­ture, un peu trop pro­gram­ma­tique, où le comé­di­en pré­texte une fuite de gaz et fait inter­venir un camion de pom­pi­er afin d’accéder à la fenêtre de son immeu­ble et récupér­er ses clés qu’il avait oubliées. Peu­plé de scènes qui pro­lon­gent cette asso­ci­a­tion entre jeu et men­songe (cer­taines séquences ren­dent à cet égard man­i­feste le tal­ent comique de Lacoste, notam­ment celles à la banque ou chez le phar­ma­cien), le film lasse toute­fois assez vite à ne jamais faire de cette théâ­tral­ité l’objet de sa mise en scène.