Dans un vil­lage d’Islande un peu per­du, Igimundur, un com­mis­saire de police tac­i­turne (Ing­var E. Sig­urðs­son) décou­vre que sa femme tout juste décédée menait une dou­ble vie. Il part alors dans une quête sui­cidaire à la recherche de son amant, per­suadé jusqu’à l’obsession que ce dernier est secrète­ment impliqué dans la mort de son épouse. Il suf­fit d’une scène, située à l’ouverture d’Un jour si blanc, pour don­ner sens au titre du film, a pri­ori éloigné de son pitch assez clas­sique : au cœur d’une brume épaisse et immac­ulée, une voiture noire file à toute allure sur une route de mon­tagne avant de chuter dans le vide. Out­re l’évidente dimen­sion sym­bol­ique du brouil­lard (les bru­mailles con­fèrent à la scène un car­ac­tère spec­tral qui annonce le spec­ta­cle d’une mort à venir), ses dis­po­si­tions plas­tiques (et sa blancheur) sont mis­es à prof­it par Hlynur Pál­ma­son, plas­ti­cien de for­ma­tion. Dans cette scène, le cinéaste islandais con­fère une épais­seur presque coton­neuse à l’image, de manière à chang­er l’automobile en une sim­ple tache som­bre prompte à se mou­voir sur la pel­licule. Pál­ma­son trans­forme du même coup une don­née nar­ra­tive impor­tante (la mort mys­térieuse de la femme du flic) en un pur événe­ment formel, don­nant le la des scènes à venir. Les dif­férentes sit­u­a­tions dépeintes, réduites à l’os et étirées au gré de longs trav­el­lings latéraux (non sans un cer­tain sys­té­ma­tisme), sont ain­si avant tout l’occasion de voir sur­gir à l’écran un motif ou une couleur, à l’image de cette scène en apparence anodine où, au cours d’une soirée entre amis, un homme ouvre sans rai­son un fumigène rouge vif dans une mai­son.

Rien de bien sur­prenant donc à ce que la rédemp­tion finale d’Ingimundur prenne place dans le noir, tant il aura fal­lu pour le com­mis­saire aller au bout de sa nuit intérieure pour se libér­er de son cha­grin. Dépass­er le sou­venir trau­ma­tique de la mort de sa femme, fig­urée lors de la toute pre­mière scène, implique ici d’en créer l’exact négatif : avançant à pas lent dans un tun­nel entière­ment som­bre, le com­mis­saire s’enfonce dans l’ombre tan­dis que, der­rière lui, la sor­tie se résume à une petite trouée de blancheur dans la pro­fondeur. Aus­si, si Un jour si blanc se révèle un peu déce­vant sur le plan du réc­it polici­er et de l’étude psy­chologique que promet son canevas, c’est qu’il doit être avant tout perçu comme une somme de petits événe­ments visuels, ren­dus pos­si­bles par la beauté des paysages islandais. Mouchetée et affec­tée de quelques tâch­es dis­parates, la pel­licule con­fère d’ailleurs un aspect dis­crète­ment vin­tage aux scènes con­tem­pla­tives qui com­posent la majorité du film – à la manière de l’étrange time lapse inau­gur­al, où le fil des saisons et le pas­sage du temps sont unique­ment résumés par les vari­a­tions chro­ma­tiques qui affectent la mai­son en con­struc­tion du per­son­nage prin­ci­pal. On regret­tera toute­fois que Pál­ma­son ne donne jamais à son réc­it la force néces­saire pour uni­fi­er les instants de grâce qui parsè­ment le film, ce dernier ressem­blant en fin de compte bien plus à une jux­ta­po­si­tion de scènes plus ou moins réussies qu’à une explo­ration ver­tig­ineuse de l’âme humaine.