Pour Sama prend majori­taire­ment place dans un hôpi­tal d’Alep men­acé par la dic­tature d’Assad et les bom­barde­ments russ­es au cours du siège de la ville fin 2016. Après s’être mar­ié avec un médecin engagé con­tre le régime, Waad al-Kateab, co-réal­isatrice de ce doc­u­men­taire en forme de jour­nal filmé, y donne vie à la petite Sama alors que l’étau se resserre autour des résis­tants. L’étab­lisse­ment qui accueille de plus en plus de réfugiés se révèle rapi­de­ment être un abri mirac­uleux où les espoirs sont encore per­mis. Nom­breuses sont ain­si les séquences où Waad al-Kateab filme l’arrivée de blessés incon­scients à l’hôpital, enreg­is­trant l’instant sus­pendu où la pos­si­bil­ité d’une réan­i­ma­tion per­dure encore. La cinéaste retrou­ve ensuite les familles meur­tries sor­tant du bâti­ment, mou­ve­ment syn­onyme de vio­lent retour à la réal­ité. Lorsqu’un jeune garçon est par exem­ple déclaré mort sur son bran­card, la dimen­sion trag­ique de la scène ne frappe qu’à retarde­ment, à par­tir du moment où sa mère décide de porter son cadavre envelop­pé dans un drap blanc jusque dans la rue, sous le regard dému­ni des pas­sants. Le drame et la vio­lence de la guerre frap­pent d’ailleurs le plus sou­vent hors champ ou à dis­tance. En témoignent les images des bom­barde­ments russ­es sur les quartiers voisins, enreg­istrés depuis une cham­bre sur­plom­bant la ville, ou l’attaque du pre­mier hôpi­tal, mon­trée à tra­vers des images de vidéo­sur­veil­lances re-filmées par la cinéaste, absente des lieux lors de leur destruc­tion. La ville appa­raît ici morcelée, de sorte que le cou­ple cen­tral finit par se délaiss­er pro­gres­sive­ment des lieux qui lui sont chers : tan­dis que l’hôpi­tal est rem­placé par un autre, l’appartement famil­ial est aban­don­né, au même titre que la petite cham­bre dans laque­lle a gran­di Sama.

S’il peut faire preuve de finesse pour traduire la frag­men­ta­tion d’un espace miné par la guerre, Pour Sama manque par­fois de sub­til­ité. Les trois derniers plans du film, qui ne sont pas directe­ment issus du jour­nal de la cinéaste, syn­thé­tisent par exem­ple ces lim­ites. Plusieurs mois après la fin du siège, la caméra y suit d’abord les pas de Waad al-Kateab dans les rues dévastées d’Alep. Un con­trechamp dévoile ensuite l’enfant qu’elle tient dans ses bras, la petite Sama, oubliant les décom­bres pour ne retenir dans le cadre que cette allé­gorie de la jeunesse syri­enne. Enfin, une plongée s’élève vers le ciel pour lier leur des­tin à celui de la ville entière, qui se dévoile ici par l’entremise d’un plan filmé au drone. Ce court agence­ment rap­pelle ce que le fil du réc­it n’a eu de cesse de soulign­er (con­tin­uer à vivre revient à trac­er le chemin inverse des bombes), résumant la tra­jec­toire d’un film dont les vel­léités dis­cur­sives finis­sent par atténuer la portée.