The Moun­tain s’ouvre sur le corps figé d’une patineuse tour­nant sur elle-même. À l’image des fig­ures lobot­o­misées qui tra­versent le film, la jeune femme sem­ble incon­sciente. Cette oppo­si­tion entre le mou­ve­ment et la fix­ité réap­pa­raît lorsqu’un groupe de patineuses effectue une choré­gra­phie autour du por­trait d’Udo Kier, ou quand Denis Lavant s’agite au milieu d’un cer­cle de patients immo­biles. Dans cet espace entre le cen­tre et la marge, mais aus­si entre la vie et la mort, se trou­verait donc la per­son­ne lobot­o­misée. Le film lui-même redou­ble ce con­traste : der­rière la dévi­tal­i­sa­tion appar­ente (plans fix­es, couleurs désat­urées, décors et dia­logues réduits à leur strict min­i­mum) cou­ve en réal­ité une vio­lence sourde. Ce décalage entre un cadre asep­tisé et la sen­sa­tion d’un dérè­gle­ment se trou­vait déjà dans Ani­mals, le clip du musi­cien expéri­men­tal Oneo­htrix Point Nev­er (qui signe ici une bande-son atmo­sphérique et min­i­male) entre la banal­ité d’une cham­bre d’hôtel et le car­ac­tère épilep­tique du mon­tage. Il est ici con­tenu dans les asiles austères et immac­ulés que tra­versent le jeune Andy (Tye Sheri­dan) et le Dr. Wal­lace Fiennes (Jeff Gold­blum), dont le masque irréprochable dis­simule un être dépravé.

Parole et mystère

Dans ce film taiseux et immo­bile, le moin­dre geste ou regard prend une ampleur dra­ma­tique. Par exem­ple, cette main qu’Andy – lobot­o­misé – pose sur celle de sa bien-aimée, mar­que de ten­dresse sig­nifi­ant autant la réma­nence d’une con­science que la résis­tance d’un amour absolu. De petites tragédies silen­cieuses se jouent à cet égard sur le vis­age du jeune homme qui, à défaut de par­ler, trans­porte sa mal­adresse et son air abat­tu d’asile en asile. Face à cette belle retenue, on peut regret­ter le rôle car­i­cat­ur­al de Denis Lavant, dont les log­or­rhées desser­vent le mys­tère d’un film qui avait su jusqu’ici garder le silence. L’assimilation pesante du cou­ple for­mé par Andy et Susan (Han­nah Gross) à l’androgyne pla­toni­cien n’était pas non plus néces­saire pour don­ner à voir la pureté de ce lien dans un monde devenu fou et insen­si­ble.