Hadas Ben Aroya a étudié le ciné­ma à l’université de Tel Aviv ; à l’écran, elle est une jeune femme un peu désœu­vrée, mal­menée par ses sen­ti­ments et une libido débridée. Elle sort tout juste d’une rup­ture, dont elle ne sem­ble pas très bien savoir elle-même si elle en est ou non l’instigatrice. Et c’est là son plus grand mal : elle ne sait pas. Le désir est pour elle une chose indompt­able, une sorte de mael­ström qui l’amène à pour­suiv­re l’idée de l’amour, à ten­ter de combler ce que l’on perçoit bien­tôt ça et là comme une forme de dés­espoir mod­erne. D’in­tran­quil­lité aus­si, et c’est un motif impor­tant du film.

Depuis son titre, Peo­ple That Are Not Me, jusqu’à sa dual­ité chro­ma­tique (rose/bleu), en pas­sant par son héroïne (mi-femme mi-enfant), cette œuvre est prise dans un mou­ve­ment de tiraille­ment. Ce principe de con­trastes imprègne le film dans ses moin­dres scènes, et est réduit à sa plus pure essence lorsque l’on aperçoit, briève­ment, la jeune femme refuser d’un mou­ve­ment du pouce les propo­si­tions d’homme que lui soumet une appli­ca­tion inter­net. Dans un super­marché, qui plus est. Aucun doute, l’amour est devenu un réflexe de con­som­ma­teur, le sport d’un doigt véloce et paresseux. Ailleurs, elle chante à la gui­tare, mais avec une mal­adresse touchante, comme si la jeune femme ne pou­vait jamais s’ac­corder avec elle-même. Impos­si­ble, enfin, d’ou­bli­er le finale, et son défer­lement de dés­espoir.

Le sen­ti­ment d’insatisfaction comme d’inachèvement, l’incompréhension des règles qui pré­domi­nent aux amours mod­ernes ont quelque chose de con­tagieux : on se décou­vre assez vite pro­jeté dans l’intimité dérangeante d’une jeune femme belle de ses errances. On éprou­ve son his­toire, on la ressent. Ce qui, devant un film qui traite du plus vieux sujet du monde — l’amour — a de quoi réjouir. Hadas Ben Aroya a su par­ler d’elle sans fards ni arti­fices. Et, ce faisant, saisir l’e­sprit du temps et nous livr­er une his­toire uni­verselle, vibrante, à fleur de peau.