L’été vient de com­mencer. Plongée dans la tor­peur esti­vale, Lea — 10 ans, plus tout à fait fil­lette, pas encore ado­les­cente — abor­de ses grandes vacances avec l’en­vie de vivre de nou­velles expéri­ences. Sa curiosité naturelle la pousse vers une bande de garçons qui lui imposent plusieurs défis afin de l’ac­cepter dans leur groupe. Au gré des épreuves qui la font vagabon­der dans les envi­rons, la jeune fille croise la route de mar­gin­aux avec lesquels elle scelle une sorte de pacte secret reposant sur une com­préhen­sion tacite qui se passe de toute expli­ca­tion. Ouverte à ce monde mou­vant, Lea pose son regard pas si inno­cent sur cet envi­ron­nement sou­vent trop lis­i­ble ou par­fois étrange. À l’é­coute de sa pro­tag­o­niste, Joya Thome met en scène cha­cune de ces péré­gri­na­tions tou­jours à juste hau­teur du regard de son héroïne. Néan­moins, en dépit de cette volon­té de réal­isme, la réal­isatrice s’at­tache à faire la dis­tinc­tion entre deux espaces pour mieux mar­quer la fron­tière dont Lea est amenée à pren­dre con­science : d’un côté, il y a le monde adulte, vague­ment indéchiffrable et à dis­tance, régi par des codes soci­aux qui ne sont pas encore ceux des plus jeunes ; de l’autre, le monde de l’en­fance, obéis­sant à ses rites et sa hiérar­chie, à un lan­gage duquel les plus âgés sont exclus.

Trait d’union

Cette “reine d’un été” que célèbre ici la jeune réal­isatrice alle­mande devient ce trait d’u­nion entre deux mon­des au sein desquels elle ne trou­ve pas pleine­ment sa place. Mais plutôt que de tomber dans un sym­bol­isme appuyé qui passerait par des scènes explica­tives et sans non plus courir après l’ef­fi­cac­ité nar­ra­tive en mul­ti­pli­ant les rebondisse­ments, le film de Joya Thome préfère capter le délite­ment du temps au cœur de cette par­en­thèse esti­vale et nour­rir son pro­pos d’une ape­san­teur mélan­col­ique qui sem­ble sus­pendre le corps de la jeune actrice (la belle révéla­tion du film). Le résul­tat pour­ra laiss­er cer­tains spec­ta­teurs sur le bord du chemin tant la dis­cré­tion avec laque­lle la réal­isatrice suit sa pro­tag­o­niste donne à Reine d’été des accents de film mineur. Ce serait ne pas ren­dre jus­tice à l’hu­mil­ité qui par­court de bout en bout cet estimable objet : le retrait dont il est ici ques­tion n’est pas le signe d’un désen­gage­ment d’un auteur face à son sujet ; ici, il traduit sim­ple­ment la retenue avec laque­lle est abor­dé le par­cours de cette jeune fille qui — le temps de quelques semaines en dehors de ses oblig­a­tions d’élève et de petite fille mod­èle — se déleste de ses ornières pour s’ou­vrir pleine­ment à toute la belle com­plex­ité du monde.