Quand il lui a fal­lu démen­tir les préjugés béats de l’Oc­ci­dent sur le boud­dhisme, c’est sur le cas extrême d’un cer­tain moine bir­man que Bar­bet Schroed­er s’est penché (Le Vénérable W.). Aus­si pense-t-on un peu à lui quand on décou­vre un autre aperçu de la pra­tique locale de cette reli­gion, offert par Midi Z, cinéaste bir­man nat­u­ral­isé taïwanais : certes moins sin­istre, mais aus­si démys­ti­fi­ant. Suiv­ant l’épreuve d’un homme (son ami et col­lab­o­ra­teur réguli­er Wang Shin-hong) par­ti se faire moine pen­dant qua­torze jours dans le cen­tre du Myan­mar sur les con­seils d’un diseur de bonne aven­ture, Midi Z, à longueur de plans-séquences rivés aux tra­jec­toires des per­son­nes, mesure deux choses. D’abord, il appa­raît que les tra­jets linéaires de la caméra à la suite du moine et de ses accom­pa­g­na­teurs d’une part, des gens du com­mun d’autre part, ne se croisent qu’à quelques occa­sions, et pas vrai­ment sur un pied d’é­gal­ité, les sec­onds se livrant essen­tielle­ment à des actes de dévo­tion envers le pre­mier qui n’a guère pour préoc­cu­pa­tion que son pro­pre soin (le suivi d’un défilé de por­teuses d’eau, dont on ne décou­vre la des­ti­na­tion qu’à la fin de leur par­cours, mar­que par­ti­c­ulière­ment sur ce point). En lais­sant ain­si l’im­age fil­er dans le temps et sur des chemins tra­ver­sant les rassem­ble­ments de pop­u­la­tions, le cinéaste for­mule la sépa­ra­tion, physique mais aus­si sociale, entre les religieux et le peu­ple selon des principes bien matéri­al­istes asseyant le pou­voir des uns sur les autres.

Cepen­dant, ces gestes ciné­matographiques ne sont pas uni­vo­ques. Ces lignes dessi­nent aus­si un par­al­lélisme où les préoc­cu­pa­tions matérielles de ces deux “mon­des” se trou­vent ren­voyées dos à dos. Seul le statut social sépare la pré­car­ité des vil­la­geois bir­mans, dont cer­tains doivent tra­vers­er illé­gale­ment la fron­tière pour tra­vailler en Chine, et le désar­roi des moines qu’on entend se plain­dre de ne pas touch­er assez de dons pour s’a­cheter une nou­velle robe, et entre lesquels on assiste même à une dis­pute sur l’es­ti­ma­tion des gains de l’un d’en­tre eux (par ailleurs joueur de loto). Wang Shin-hong, qu’on voit dans la pre­mière séquence tâton­ner un peu pour s’a­cheter le néces­saire à sa médi­ta­tion (qua­torze pommes… et un couteau), n’est sans doute pas incon­scient de ce rap­port de caste, lui qui, dans les dernières séquences, tâchera de ten­dre la main vers la pop­u­la­tion (notam­ment dans un entre­tien avec des vil­la­geois­es sur les con­di­tions de l’émi­gra­tion), de rem­plir le rôle cen­sé être celui d’une autorité morale, sans pour autant pou­voir tout à faire une cer­taine soli­tude où l’ul­time plan-séquence achève de le suiv­re.