Céleste et Sihem, deux femmes d’une ving­taine d’an­nées, se ren­con­trent dans un cen­tre de dés­in­tox­i­ca­tion où elles comptent en finir avec leurs addic­tions pour les drogues dures. Rapi­de­ment se noue entre elles une ami­tié fusion­nelle (une dépen­dance rem­plaçant l’autre) et pass­able­ment tox­ique qui, aux dires des encad­rants, men­ace d’en­traver leur guéri­son. De rup­tures en rechutes, les deux jeunes femmes vont-elles trou­ver la force de tout recom­mencer à zéro ? À vrai dire, la ques­tion que for­mule le pre­mier long-métrage de Marie Garel-Weiss ne ménage aucun sus­pense tant le dis­cours bien­veil­lant — pour ne pas dire mater­nant — qui découle de chaque scène ressem­ble à un spot en faveur des nar­co­tiques anonymes : que ce soit avec les psy­cho­logues, les autres dépen­dants du groupe ou encore les familles, chaque ligne de dia­logue est trop bor­dée, trop théorique, met trop pré­cisé­ment le doigt sur le mal pour que le film donne un aperçu véri­ta­ble de la détresse qui ronge ceux qui doivent com­bat­tre en soli­taire leurs addic­tions.

Un exposé trop sage

Pour preuve, dès la scène d’ou­ver­ture, Céleste détaille froide­ment toutes les drogues qu’elle con­somme : lucide, elle ne cherche pas à men­tir à pro­pos des sub­stances qu’elle ingur­gite régulière­ment. Face à ce médecin qui la ques­tionne sur ses usages, le film prend déjà le par­ti du diag­nos­tic : si la jeune femme en est ren­due là, c’est qu’elle est pris­on­nière d’un sché­ma social (père absent, rap­ports con­flictuels avec la mère)  et psy­chologique (ten­ta­tion de la fuite) qui la prédis­poserait à ces excès. Cela donne déjà des indi­ca­tions sur l’as­cen­dant que le dis­posi­tif filmique prend sys­té­ma­tique­ment sur ses per­son­nages : à coups de dia­logues qui se veu­lent réal­istes, chaque enjeu (la perte de dig­nité, la cul­pa­bil­ité, la réc­on­cil­i­a­tion avec les proches) sera sys­té­ma­tique­ment surligné comme pour mieux illus­tr­er ce petit manuel de la par­faite réha­bil­i­ta­tion. Le par­ti-pris nat­u­ral­iste et le choix de la caméra portée ne parvi­en­nent pas à com­penser les lim­ites de cet exposé trop sage où les deux jeunes femmes — qui ne per­dent jamais de leur cap­i­tal séduc­tion — sem­blent unique­ment là pour don­ner corps à une théorie.

De l’incarnation

Cet échec est d’au­tant plus regret­table que les deux actri­ces — Zita Han­rot, lumineuse dans Fati­ma de Philippe Fau­con, et Clé­mence Bois­nard, aperçue dans Gare du Nord de Claire Simon — investis­sent leurs rôles avec une impli­ca­tion qu’il con­vient de saluer. Seule­ment, de provo­ca­tions ver­bales atten­dues en affron­te­ments psy­chologiques avec leurs familles respec­tives, le scé­nario ne leur ménage pas l’e­space suff­isant pour qu’elles puis­sent explor­er toutes les facettes et les ambiguïtés de leurs per­son­nages. Pire, à coups d’el­lipses mal­ha­biles, le réc­it sem­ble vouloir résoudre d’un coup de baguette mag­ique la descente aux enfers de nos deux jeunes héroïnes. Désor­mais dociles (mais on avait du mal à croire à leur indocil­ité), elles finis­sent toutes deux par se ranger du côté du diag­nos­tic et de la ver­bal­i­sa­tion : si les bonnes inten­tions sont indis­cuta­bles, le dis­cours du film tendrait presque à minor­er le dan­ger auquel expose l’ad­dic­tion aux drogues dures. À croire qu’en matière de ciné­ma, pour décourager quiconque de se lancer dans pareille mésaven­ture, Panique à Nee­dle Park de Jer­ry Schatzberg, en plus d’être un grand film qui pro­pose la tra­jec­toire exacte­ment inverse, reste le meilleur anti­dote.