Un cou­ple français et leurs jumelles de six ans se ressour­cent un été dans une mai­son isolée sur les hau­teurs de l’Alentejo por­tu­gais. Mais les fil­lettes vivent dans l’ignorance qu’un drame a déjà mar­qué la famille sur ces mêmes lieux. La décou­verte pro­gres­sive du secret pro­jette une ombre lourde sur le séjour, men­ace l’équilibre famil­ial et place le cou­ple sous ten­sion.

A par­tir de cette intrigue un brin mélo, portée par des actri­ces qui trans­met­tent avec beau­coup de grâce la fraîcheur et l’intelligence de l’enfance, les sœurs Laper­rousaz sig­nent un pre­mier long métrage bien mené, touchant mais un peu sage. Soleil bat­tant promet­tait, dans un cadre par­a­disi­aque, un huis-clos famil­ial écras­ant, une sorte de Shin­ing lumineux, dont il repre­nait l’incongruité de la gémel­lité enfan­tine et l’enfermement sur les lieux d’un trau­ma. En lieu et place du cauchemar de King et Kubrick, le film est en réal­ité un rêve doux-amer, un peu trou­ble, sim­ple mais lumineux.

La gémel­lité des deux fil­lettes fait évidem­ment écho à celle des réal­isatri­ces, et le film, puisant dans l’autobiographie, évoque, par sa clô­ture géo­graphique et la qual­ité de sa lumière, la bulle d’un sou­venir, à la fois mer­veilleux et si proche du réel. La plongée dans le mys­tère d’un lieu, un Por­tu­gal rur­al baigné de soleil, nour­rit le sen­ti­ment de men­ace qui plane naturelle­ment sur tout par­adis per­du. Le lourd secret dont il est ques­tion dans le film infuse peu à peu chaque plan, planant comme une men­ace mau­dite sur cha­cun des gestes des deux enfants. Le temps d’une longue scène, la ten­sion dis­til­lée depuis le début du film croit soudaine­ment, notre regard étant struc­turé par la crainte d’un nou­veau drame. Pour autant, mal­gré ses qual­ités Soleil bat­tant aurait gag­né à pren­dre des chemins plus tortueux, à assumer davan­tage la part d’onirisme et de fan­tas­tique qu’il ne fait qu’effleurer (dans cer­tains plans sur les jumelles, dans l’érotisme dif­fus qui se dégage du jeu et du corps d’Ana Girar­dot…). Les choix dra­ma­tiques et plas­tiques sont sans doute trop tenus pour attein­dre le cauchemar vénéneux que le film aurait pu essay­er d’être.