The Long Excuse est le pre­mier des cinq long-métrages de Miwa Nishikawa à sor­tir en France, ain­si que l’adaptation de son pro­pre roman homonyme. Sachio est un écrivain à suc­cès, qui perd soudain sa femme dans un acci­dent de car. Enfer­mé dans un égo­cen­trisme aveuglant depuis des années, il se rend alors compte que cette perte ne provoque chez lui aucune émo­tion. Placé en témoin de la ten­ta­tive de rédemp­tion de ce per­son­nage antipathique, voilà donc le spec­ta­teur livré à l’inévitable leçon de vie comme quoi il faut prof­iter du moment présent, et des êtres chers tant qu’ils sont là. Ce pro­gramme tendrait inévitable­ment à l’asphyxie du film, s’il ne par­ve­nait à s’extraire dans sa dernière par­tie de cette voie pavée de lieux com­muns.

Reprendre vie

Miwa Nishikawa fait en effet le choix de dévi­er quelque temps de son scé­nario en ligne droite pour s’intéresser à l’intimité d’une famille en recom­po­si­tion. Car Sachio n’est pas le seul à avoir per­du sa femme dans cet acci­dent. Face à l’effondrement de Yoishi, un chauf­feur de camion veuf lui aus­si suite à l’accident de car, l’écrivain pro­pose de venir s’occuper de son fils et de sa fille durant ses longues journées d’absence sur les routes. Or c’est pen­dant ces scènes de quo­ti­di­en que le film s’éveille enfin à la vie. Sachio regarde ces enfants qui parvi­en­nent à se débrouiller sans son aide, essayant de com­pren­dre com­ment ils fonc­tion­nent. La sit­u­a­tion offre à à la réal­isatrice l’occasion de s’arrêter dans le petit espace de l’appartement four­mil­lant de détails et d’objets que les enfants utilisent à leur guise. La caméra se place à la bonne dis­tance, ne se con­tente plus d’isoler des vis­ages, cap­tant les mal­adress­es qui jonchent cette cohab­i­ta­tion et con­stru­isent les bases d’une rela­tion famil­iale. Les jeunes acteurs impro­visent, entraî­nant le comé­di­en / per­son­nage à les suiv­re. Sachio se rap­proche ain­si de l’aîné, garçon tra­vailleur et orgueilleux en qui il se recon­naît, ce dernier com­mençant à se con­sid­ér­er comme un élé­ment supérieur de cette famille aux orig­ines sociales mod­estes. L’écrivain décide alors de s’atteler à prévenir la repro­duc­tion de sa pro­pre tra­jec­toire, nous ramenant invari­able­ment dans l’entreprise de rachat moral annon­cé par le titre. Mais un con­tact entre les per­son­nages existe désor­mais, comme cet échange de regard silen­cieux par-dessus un cahi­er de devoir, dans l’obscurité d’une cham­bre d’enfant. Ces quelques instants suff­isent à faire décoller le film : le drame humain s’articule désor­mais autour de la ques­tion de l’absence, fonc­tion­nant par petites touch­es émo­tion­nelles. « Être là » devient tout l’enjeu que pour­suit Sachio, et son retour au monde s’accompagne de la nais­sance de son per­son­nage à l’écran en même temps que la révéla­tion sen­si­ble de tout ce qui l’entoure.