Tous les rêves du monde ressem­ble a pri­ori au réc­it clas­sique d’une ado­les­cente en proie aux angoiss­es exis­ten­tielles des jeunes filles de son âge. Que vais-je faire de ma vie ? De quoi ai-je envie ? Com­ment m’émanciper des rêves que mes par­ents ont forgé pour moi, pour enfin trou­ver ma pro­pre voie ? Mais Lau­rence Fer­reira Bar­bosa y ajoute, avec beau­coup de bien­veil­lance, une don­née intéres­sante : celle d’une dou­ble crise iden­ti­taire, au sein d’une com­mu­nauté por­tu­gaise exilée en France depuis plusieurs généra­tions dont les enfants, nés ici, font les frais d’un déracin­e­ment qui n’est pour­tant pas le leur.

Mon petit pays

Paméla cumule les échecs sco­laires et s’interroge sur la suite à don­ner à son ori­en­ta­tion. Ses par­ents sont prêts à tout pour lui pay­er des études, mais la jeune fille n’est pas sûre de vouloir con­tin­uer dans cette voie. En réal­ité, Paméla n’est sûre de rien, sauf d’une chose : elle attend les vacances d’été au Por­tu­gal avec impa­tience. Un Por­tu­gal qu’elle ne con­naît en réal­ité presque pas, si ce n’est le vil­lage famil­ial où elle retourne tous les étés, et une cul­ture qu’elle a fait sienne par ce que ses par­ents lui ont trans­mis et ce que l’association cul­turelle dont elle est mem­bre lui enseigne. Du folk­lore, des tra­di­tions famil­iales… mais ce Por­tu­gal qui la fait tant rêver est-il réelle­ment l’eldorado que Paméla fan­tasme ?

Lau­rence Fer­reira Bar­bosa dresse le por­trait d’un être en pleine con­struc­tion, dévoré par les doutes et déchiré entre deux pays, deux cul­tures qui ne la sat­is­font réelle­ment que lorsqu’ils sont loin d’elle. Le film est empreint d’une grande douceur, la réal­isatrice préférant met­tre en scène le bouil­lon­nement intérieur de son héroïne par petites touch­es, plutôt qu’en ayant recours à des facil­ités scé­nar­is­tiques (la rébel­lion de Paméla ne se fait pas dans les cris ni la vio­lence) ou formelles : la caméra caresse les vis­ages et les corps, s’attarde sur des choses sim­ples (des sourires, le soleil qui réchauffe la peau), sans heurts ni provo­ca­tion. Paméla ne veut pas faire de vagues : la réal­isatrice déplace la ques­tion inévitable des dérives de l’adolescence en crise sur un autre per­son­nage, une amie enceinte beau­coup trop tôt, à laque­lle elle fini­ra par apporter son sou­tien.

Voix discordantes

Si Tous les rêves du monde a un charme indé­ni­able, il souf­fre para­doxale­ment d’un manque de souf­fle, d’un grain de folie qui lui per­me­t­trait d’être un peu plus incar­né. Si Paméla est un joli per­son­nage dont on devine très pro­gres­sive­ment le feu intérieur, on se lasse rapi­de­ment de ses ater­moiements, que la réal­isatrice peine à retran­scrire con­crète­ment visuelle­ment. Les nom­breux plans ser­rés sur le vis­age boudeur de sa comé­di­enne, sou­vent impas­si­ble, peinent à don­ner de la chair et de la con­sis­tance aux enjeux qui la tra­vail­lent. Lau­rence Fer­reira Bar­bosa n’est pas vrai­ment aidée par ses comé­di­ens qui, mal­gré une bonne volon­té évi­dente, son­nent sou­vent très faux, faisant rejail­lir à l’écran les arti­fices d’une fic­tion qui repose pré­cisé­ment, à l’inverse, sur un par­ti-pris nat­u­ral­iste. À tel point que l’on a par­fois même l’impression que les acteurs, dans une même scène, ne jouent pas dans le même film (voir toutes les scènes entre Paméla et son soupi­rant, dont les inter­pré­ta­tions rad­i­cale­ment dis­so­nantes sont assez pénibles). Reste une belle inten­tion, un sujet pas­sion­nant dont on sent qu’il habite lit­térale­ment la réal­isatrice, mais qui nous laisse hélas sur notre faim.