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Les Carnets de Siegfried

Les Carnets de Siegfried

de Terence Davies

  • Les Carnets de Siegfried
  • Royaume-Uni2022
  • Réalisation : Terence Davies
  • Scénario : Terence Davies
  • Image : Nicola Daley
  • Production : BBC Films, Lipsync Productions
  • Interprétation : Jack Lowden (jeune Siegfried Sassoon), Simon Russell Beale (Robbie Ross), Calam Lynch (Stephen Tennant), Kate Philips (jeune Hester Gatty)...
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Date de sortie : 6 mars 2024
  • Durée : 2h18

Les Carnets de Siegfried

de Terence Davies

Diaporama


Diaporama

Ultime film de Ter­ence Davies, mort il y a quelques mois, Les Car­nets de Siegfried retrace la vie du poète Siegfried Sas­soon et ses amours con­trar­iées. Dans la lignée de ses films précé­dents (Dis­tant Voic­es, Still Lives, Of Time and the City), Ter­ence Davies tra­vaille une forme qui cherche à restituer la logique pro­pre du sou­venir : en envis­ageant la mémoire poé­tique­ment, comme un jeu d’échos et de rimes, il la relie ici à l’activité lit­téraire du per­son­nage prin­ci­pal. La struc­ture éclatée du film en découle, jouant d’une cer­taine dis­con­ti­nu­ité nar­ra­tive afin de restituer le cours hasardeux des réminis­cences. Au moyen d’el­lipses bru­tales, plusieurs séquences sem­blent ain­si abrégées sans rai­son, tan­dis que cer­tains per­son­nages sont évac­ués du réc­it avant de réap­pa­raître plus tard. De la même manière, un détail ouvre par­fois sur un autre, au gré d’une mémoire qui tra­vaille par et pour elle-même. Lors d’un plan où le per­son­nage est allongé dans son lit, des sou­venirs douloureux remon­tent à la sur­face par l’entremise d’un panoramique : la cham­bre se dis­sout douce­ment dans l’im­age de celle que le poète occu­pait dans un hôpi­tal de guerre, entouré par les blessés ago­nisant et hurlant sous leurs draps. C’est dans ces jeux de tran­si­tions, trou­blant par­fois l’inertie dans laque­lle le film se com­plaît, que réside la beauté frag­ile de ces Car­nets.

Car hélas, les scènes que relient ces enchaîne­ments inspirés se révè­lent moins sin­gulières. En voulant fix­er des sou­venirs mou­vants, le cinéaste fige dans le même temps sa mise en scène et sa recon­sti­tu­tion. Si le calme sou­verain rég­nant sur le film pour­rait émou­voir par son aspect funèbre, ce goût pour la sus­pen­sion tem­porelle (cf. cer­tains « silences qui en dis­ent long » ponc­tu­ant les dia­logues) n’est pas sans lour­deur. En témoigne la sépa­ra­tion entre Siegfried et l’un de ses amants au tiers du film : lorsque ce dernier demande au poète de s’attarder un instant sur le per­ron, la caméra s’immobilise pour cadr­er les deux per­son­nages, insis­tant sur le car­ac­tère solen­nel du déchire­ment silen­cieux. L’autre prob­lème du film tient par ailleurs à son côté bizarrement uni­forme, en dépit des rac­cords évo­qués plus haut, l’ensemble s’apparentant sou­vent à une suite de vignettes soigneuse­ment reliées. On les regarde défil­er comme on feuil­let­terait l’album pho­to d’un autre : avec un intérêt poli mais désaf­fec­té.

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