© Netflix
Apollo 10½ : Les fusées de mon enfance

Apollo 10½ : Les fusées de mon enfance

de Richard Linklater

  • Apollo 10½ : Les fusées de mon enfance
  • (Apollo 10½: A Space Age Childhood)
  • États-Unis2022
  • Réalisation : Richard Linklater
  • Scénario : Richard Linklater
  • Image : Shane F. Kelly
  • Décors : Bruce Curtis
  • Costumes : Kari Perkins
  • Montage : Sandra Adair
  • Producteur(s) : Mike Blizzard, Tommy Pallotta, Femke Wolting, Bruno Felix et Richard Linklater
  • Production : Netflix Animation, Minnow Mountain et Submarine
  • Interprétation : Milo Coy (Stanley jeune), Jack Black (Stanley adulte), Lee Eddy (la mère), Bill Wise (le père)...
  • Distributeur : Netflix
  • Date de sortie : 1 avril 2022
  • Durée : 1h38

Apollo 10½ : Les fusées de mon enfance

de Richard Linklater

Teen dream


Teen dream

La décou­verte embar­rassée de la mau­vaise blague de Judd Apa­tow (La Bulle) n’a pas entaché le plaisir sus­cité par le nou­veau film de l’autre éter­nel ado­les­cent du ciné­ma améri­cain, Richard Lin­klater, mis en ligne le même jour sur Net­flix. Renouant avec le procédé de la roto­scopie déjà expéri­men­té dans Wak­ing Life et dans l’autrement plus célèbre A Scan­ner Dark­ly, Apol­lo 10½ con­tient une grande par­tie de ce qui fait le sel de la fil­mo­gra­phie du cinéaste tex­an. En 1969, l’in­sou­ciance de la vie d’ado­les­cents des sub­urbs de Hous­ton est insé­para­ble de la fièvre pour la con­quête spa­tiale qui se joue à quelques kilo­mètres de là. Plus encore que dans Every­body Wants Some!!, film génial sor­ti dans l’om­bre de Boy­hood, Lin­klater organ­ise essen­tielle­ment son réc­it autour d’un pur fétichisme du sou­venir. De réminis­cences en réminis­cences, il aus­culte sa jeunesse avec une atten­tion extrême. « Noth­ing hap­pens in this film », pour­rait-on penser, en songeant aux car­tons facétieux du jour­nal filmé de Jonas Mekas : comme le cinéaste expéri­men­tal, Lin­klater ne tire de son passé que des « glimpses of beau­ty ». Amérique des Trente Glo­rieuses oblige, il est avant tout ques­tion de pro­duits de con­som­ma­tion divers et var­iés, de base­ball, et surtout de télévi­sion, devant laque­lle sont rivés Stan­ley et sa famille une grande par­tie de la journée. Porté par la voix-off très bavarde de Jack Black, le film évoque une infinité de pro­grammes avec une gour­man­dise qui n’est pas sans rap­pel­er The Movie Orgy, le film de sept heures de Joe Dante aus­si culte que rare, organ­isant un mon­tage com­plète­ment fou de pub­lic­ités, de feuil­letons et de séries Z. Finnegan, dans Every­body Wants Some!!, dis­po­sait déjà d’une étagère rem­plie d’en­reg­istrements en VHS d’épisodes de La Qua­trième Dimen­sion, mais l’en­cy­clopédie lin­kla­te­ri­enne se fait ici autant pléthorique que sin­gulière : le cinéaste y invente quelque chose de l’or­dre du name drop­ping mélan­col­ique. Chaque titre évo­qué, de film, de série, de groupe de musique, de mar­que, de lieu, porte en lui une tristesse man­i­feste. Car ces dif­férents fétich­es impor­tent en réal­ité moins que l’espace-temps dans lequel ils s’inscrivent ; ils devi­en­nent au fond des cap­sules tem­porelles d’une époque révolue.

Si l’appétit nos­tal­gique de Lin­klater se révèle immense, il ne se déploie toute­fois jamais au détri­ment d’un point de vue lucide sur l’époque, car­ac­térisée aus­si par les nou­velles funestes par­venant du Viet­nam ou les fes­sées don­nées par des pro­fesseurs sadiques. Ce qui est beau, c’est que l’an­i­ma­tion per­met au cinéaste de ren­dre compte de toute cette mémoire dans un même écrin onirique. D’un côté, les lignes creusées sur les vis­ages des enfants, à chaque change­ment d’ex­pres­sion, ont quelque chose d’é­trange dans leur réal­isme figé ; de l’autre, les décors et les aplats de couleurs tra­ver­sés de quelques grif­fon­nages font la part belle aux reflets et aux ombres, don­nant l’impression de tra­vers­er le film comme s’il s’agis­sait d’un sou­venir idéal­isé. La mère de Stan­ley explique d’ailleurs, alors que ses enfants s’as­soupis­sent tran­quille­ment devant la télévi­sion au cours de la fameuse soirée de juil­let 1969, qu’ils auront de toute façon plus tard l’im­pres­sion d’avoir vécu ce moment éveil­lés. Tan­dis que le grésille­ment de la célèbre phrase de Neil Arm­strong résonne dans le salon à moitié endor­mi, un plan mag­nifique d’Every­body Wants Some!! sem­ble se répéter à nou­veau. Tout l’art naïf et boulever­sant de Richard Lin­klater sem­blait comme con­tenu dans cette scène, la dernière du film : après trois jours de pré-ren­trée fes­tive et une ren­con­tre amoureuse, Jake arrive juste à l’heure pour son pre­mier cours à l’u­ni­ver­sité et s’as­soit à une table. Le pro­fesseur, dans un silence céré­mo­ni­al, écrit quelques mots en majus­cules au tableau : « FRONTIERS ARE WHERE YOU FIND THEM ». Jake lève l’œil, intrigué, puis s’é­tend sur sa table pour dormir, un sourire aux lèvres. Dans un demi-som­meil, lui aus­si, Stan­ley a trou­vé sa fron­tière sur la Lune.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Nouvelle Vague
Nouvelle Vague
A House of Dynamite
A House of Dynamite
À l’ombre du festival — Marcos Uzal
À l’ombre du festival — Marcos Uzal
Jour 5 — Nouvelle vague
Jour 5 — Nouvelle vague
Nouvelle vague
Nouvelle vague
Ciné-club Critikat : Everybody Wants Some!!
Ciné-club Critikat : Everybody Wants Some!!
Rebel Ridge
Rebel Ridge
Hit Man
Hit Man
Rebel Moon — Partie 2 : L’Entailleuse
Rebel Moon — Partie 2 : L’Entailleuse
Le Cercle des neiges
Le Cercle des neiges
Rebel Moon — Partie 1 : Enfant du feu
Rebel Moon — Partie 1 : Enfant du feu
Hatari — The Killer
Hatari — The Killer