© Playtime
Zombi Child

Zombi Child

de Bertrand Bonello

  • Zombi Child
  • France2019
  • Réalisation : Bertrand Bonello
  • Scénario : Bertrand Bonello
  • Image : Yves Caoe
  • Décors : Katia Wyskop
  • Costumes : Pauline Jacquard
  • Son : Nivolas Cantin, Nicolas Moreau, Jean-Pierre Laforce
  • Montage : Anita Roth
  • Producteur(s) : Olivier Père
  • Production : My New Picture, Playtime, Arte France Cinéma, Les Films du Bal
  • Interprétation : Louise Labeque (Fanny), Wislanda Louimat (Mélissa), Adilé David (Salomé), Ninon François (Romy), Mathilde Riu (Adèle), Mackenson Bijou (Clairvius), Patrick Boucheron (Le professeur d'histoire)...
  • Distributeur : Playtime
  • Date de sortie : 12 juin 2019
  • Durée : 1h43

Zombi Child

de Bertrand Bonello

L'expérience syncrétique


L'expérience syncrétique

L’enchaînement fréné­tique des pro­jec­tions dont Cannes est le théâtre donne par­fois l’occasion au cri­tique, entre deux scènes ou deux films, de se pos­er quelques ques­tions de méth­ode. Par exem­ple, on s’in­ter­roge devant le nou­veau film de Bertrand Bonel­lo : à quel niveau l’écriture s’organise-t-elle ? Quelle serait l’u­nité métrique du film ? On serait ten­té de pos­er l’hy­pothèse que Zom­bi Child repose avant tout sur une ten­ta­tive de syn­crétisme qui prendrait moins la forme d’un col­lage ou d’un mon­tage hétérogène que d’une organ­i­sa­tion un peu lâche au sein de laque­lle macèrent dif­férents élé­ments filmiques. Le film s’ouvre d’ailleurs sur la pré­pa­ra­tion d’une con­coc­tion mag­ique qui con­stitue autant le point de départ du réc­it (elle aura pour effet de zomb­i­fi­er un per­son­nage clef) qu’elle ne livre la clef de la démarche. Bonel­lo com­pose son film en super­posant des tonal­ités exogènes et des ter­ri­toires dis­tincts (de Paris à Haïti), le tout en suiv­ant une chronolo­gie ser­pen­tine (1962, aujourd’hui et 1980). Que vise le cinéaste et qu’échoue-t-il à attein­dre ? Prob­a­ble­ment, au-delà des sujets égrainés et sur­volés (le colo­nial­isme, l’esclavage, etc.), un trou­ble né de l’interpénétration de dif­férentes strates. L’évocation du vau­dou se mêle ain­si à la pein­ture d’une petite soror­ité de la Mai­son d’éducation de la Légion d’honneur, tan­dis que le retour du corps zomb­i­fié est mis en par­al­lèle avec la han­tise amoureuse d’une jeune ado­les­cente qui ne cesse de penser à ce beau garçon qu’elle se lan­guit de revoir.

Il y a dans cet agence­ment de pans dis­joints une réelle prise de risque qui va toute­fois de pair avec une cer­taine naïveté : le film s’ap­puie implicite­ment sur le pos­tu­lat que la ren­con­tre des dif­férents frag­ments qui le com­posent va pro­duire une réac­tion. Cet hori­zon, qui rap­proche le film d’une expéri­ence chim­ique, explique l’entremêlement de bouts de fic­tions en apparence hétéro­clites (l’errance noc­turne d’un corps ramené à la vie, la mélan­col­ie d’adolescentes qui écoutent Damso, un film d’horreur qui se pré­pare souter­raine­ment), mais qui nour­ris­sent une forme moins com­pos­ite que surtout pluri-référen­tielle. Car le film con­voque des fan­tômes, qui sont, comme sou­vent chez Bonel­lo, de nature ciné­matographique : il en va ain­si de l’école, qui rap­pelle les pen­sion­nats pour jeunes filles des films d’Argento, mais aus­si de la scène « d’exorcisme » qui sem­ble très net­te­ment et mal­adroite­ment inspirée de cer­taines visions de la sai­son 3 de Twin Peaks. C’est que les séquences font essen­tielle­ment l’ob­jet d’un tra­vail de sur­face, à l’im­age de ces moments sus­pendus, où les ado­les­centes se prélas­sant dans les jardins de leur école, dont l’é­trangeté ne tient qu’au choix de la musique qui rap­pelle cer­tains thèmes de gial­li. Zom­bi Child, en dépit de ses séduisantes inten­tions (mais c’est bien un vice can­nois que de juger de la valeur des films au regard des gestes et des inten­tions de leurs auteurs), n’en demeure pas moins un objet atmo­sphérique qui se rêverait en grand film han­té.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

Hatari — La Bête
Hatari — La Bête
La Bête
La Bête
Coma
Coma
50e Fema
50e Fema
Zombi Child
Zombi Child
Nocturama
Nocturama
Films fantômes
Films fantômes
Saint Laurent
Saint Laurent
Saint Laurent
Saint Laurent
L’Apollonide – Souvenirs de la maison close
L’Apollonide – Souvenirs de la maison close
Festival de La Rochelle – édition 2011
Festival de La Rochelle – édition 2011
L’Apollonide – Souvenirs de la maison close
L’Apollonide – Souvenirs de la maison close