Train de vies / Les 7 Déserteurs

Train de vies / Les 7 Déserteurs

de Paul Vecchiali

  • Train de vies / Les 7 Déserteurs
  • France2017
  • Réalisation : Paul Vecchiali
  • Scénario : Paul Vecchiali
  • Image : Philippe Bottiglione
  • Son : Francis Bonfanti, Patrick Allex
  • Montage : Vincent Commaret
  • Producteur(s) : Paul Vecchiali
  • Production : Dialectik
  • Interprétation : Train de vies : Astrid Adverbe, Paul Vecchiali, Marianne Basler, Ugo Broussot, Jean-Philippe Puymartin, Brigitte Roüan
    Les 7 Déserteurs : Marianne Basler, Astrid Adverbe, Simone Tassimot, Jean-Philippe Puymartin, Ugo Broussot, Bruno Davézé et Pascal Cervo
  • Distributeur : Dialectik
  • Date de sortie : 30 mai 2018
  • Durée : Train de vies : 76 min, Les 7 Déserteurs : 91min

Train de vies / Les 7 Déserteurs

de Paul Vecchiali

La fuite contrariée


La fuite contrariée

On reste admi­ratif face au par­cours de Paul Vec­chiali qui, à 87 ans, con­tin­ue chaque année de sor­tir un ou plusieurs longs métrages. Non pas admi­ratif en rai­son de son âge, mais parce qu’au long d’une car­rière déjà bien rem­plie, le réal­isa­teur de Femmes Femmes con­tin­ue de réin­ven­ter son ciné­ma d’un point de vue nar­ratif et formel, ain­si qu’en ter­mes de pro­duc­tion et de dif­fu­sion. À l’instar de Jean-Claude Bris­seau, mais aus­si de Jean-Pierre Mocky, ces cinéastes farouch­es n’en finis­sent pas de défendre leur indépen­dance, tels des mar­gin­aux éter­nels.

Prisonnier du mouvement

Devant s’appuyer sur des moyens tech­niques réduits, Paul Vec­chiali accorde une atten­tion accrue à la langue et à sa pra­tique par l’acteur, ce qui lui per­met ain­si d’inscrire ses réc­its dans des cadres extrême­ment resser­rés. Car nul besoin de chang­er de lieux lorsque les mots des per­son­nages font qu’un même endroit, pais­i­ble il y a encore quelques min­utes, se retrou­ve sens dessus dessous suite à une con­ver­sa­tion houleuse. Nul besoin de flash­back non plus quand c’est égale­ment cette même parole qui, telle la spat­ule d’un archéo­logue, sem­ble remuer des strates de temps et faire émerg­er à la sur­face ce qui avait été recou­vert par les années.

Chaque film nous plonge donc ici dans un lieu unique, que cela soit la ban­quette d’un wag­on dans Train de vies, ou une clair­ière pour Les 7 Déser­teurs. Dans les deux cas, il s’agit autant d’un lieu que d’un seg­ment tem­porel dans lequel les per­son­nages se retrou­vent mal­gré eux, comme momen­tané­ment en sus­pens et sans solu­tion de repli. Ils se voient alors empris­on­nés par le con­texte, mais égale­ment par les mots de ceux qui les entourent, les ques­tion­nent, les jugent et les poussent à se jus­ti­fi­er. Mais ces lieux resser­rés reflè­tent finale­ment le drame d’une con­tin­uelle errance, d’une inca­pac­ité à se fix­er. Le mou­ve­ment n’y est pas vu comme libéra­toire, mais comme révéla­teur d’une ten­dance à fuir, loin de tout ancrage com­mu­nau­taire, de toute respon­s­abil­ité et de tout engage­ment.

Train de vies est à ce titre symp­to­ma­tique de cet aspect fuyant, car nuls autres endroits que la gare et le train ne sym­bol­isent autant le mou­ve­ment, l’éphémère et la soli­tude du voyageur. Le film suit le per­son­nage d’une danseuse étoile depuis peu à la retraite, femme libre aux mul­ti­ples aven­tures sen­ti­men­tales et sex­uelles, ayant tou­jours refusé de se laiss­er enfer­mer dans la struc­ture tra­di­tion­nelle du cou­ple. On craint au début que le réc­it ne se com­plaise dans une forme légère et anec­do­tique, un petit théâtre joyeux dans lequel on retrou­ve les acteurs qui com­posent ces dernières années la famille Vec­chiali. Si cha­cun sem­ble dans un pre­mier temps jouer sa par­ti­tion, l’enchaînement de ces tableaux à la forme iden­tique crée pour­tant un mou­ve­ment qui installe une atmo­sphère étouf­fante et trag­ique. Les scènes ne se suiv­ent pas comme autant de blocs, mais s’additionnent lente­ment mais sûre­ment, dans un proces­sus prenant à revers le per­son­nage prin­ci­pal. Mal­gré un dis­posi­tif rad­i­cal, le film adopte une pro­gres­sion linéaire somme toute clas­sique. La forme ne joue pas avec elle-même, et demeure en défini­tive au ser­vice de l’humain et des aléas du cœur.

Exister par la parole

On ne peut qu’apprécier de voir un auteur refu­sant autant le nat­u­ral­isme, la par­ler-vrai et l’effet de réel, et ne pas se brimer lors de l’écriture des dia­logues par peur d’une approche trop lit­téraire. Si cette langue est avant tout là pour exprimer ce que les per­son­nages ont sur le cœur, le cinéaste refuse pour­tant de laiss­er ces affects se dévers­er sans garde-fou, préférant au con­traire tra­vailler et cisel­er ce mag­ma de paroles à la fois clas­sique et pop­u­laire, désuet et mod­erne, raf­finé et volon­taire­ment grossier.

Mais avec Les 7 Déser­teurs, cette place accordée aux dia­logues et mono­logues s’avère plus prob­lé­ma­tique. Le film réu­nit dans une petite clair­ière un ensem­ble de per­son­nages fuyant pour divers­es raisons un con­flit mil­i­taire non iden­ti­fié dans l’espace et le temps. Ain­si, ce n’est pas une guerre par­ti­c­ulière qui est ici mon­trée, mais bien l’universelle et intem­porelle détresse de l’humanité prise dans les mailles de la destruc­tion et de l’exode. Ces dif­férents per­son­nages déci­dent alors de se présen­ter et for­ment une ronde dans laque­lle cha­cun est invité à pren­dre la parole. Mais cette entame a quelque chose de trop frontal, et ces mots cen­sés camper un par un les pro­tag­o­nistes finis­sent par les étouf­fer sous un flot de car­ac­téri­sa­tions. Il nous est dif­fi­cile alors d’identifier et donc de s’attacher à ces hommes et femmes, de ressen­tir une véri­ta­ble osmose entre la parole et les corps des acteurs cen­sés l’incarner. Mais mal­gré ces défauts, le film, une fois achevé, nous laisse comme pen­sifs face à ce jeu de mas­sacre sans échap­pa­toire. À eux deux, Train de vies et Les 7 Déser­teurs, mod­estes en apparence, offrent une vision trag­ique et dés­espérée de la con­di­tion humaine.

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