Mister Flow

Mister Flow

de Robert Siodmak

  • Mister Flow
  • France1936
  • Réalisation : Robert Siodmak
  • Scénario : Henri Jeanson
  • d'après : le roman Mister Flow
  • de : Gaston Leroux
  • Image : René Gaveau, Jean Bachelet, André Thomas
  • Décors : Robert Gys, Léon Barsacq
  • Montage : Jean Mamy
  • Musique : Michel Michelet alias Michel Lévine
  • Producteur(s) : Fernand Rivers
  • Production : Vondas Films
  • Interprétation : Louis Jouvet (Achille Durin alias Mister Flow), Fernand Gravey (Antonin Rose), Edwige Feuillère (Helena Scarlett), Mila Parély (Marceline), Jim Gérald (le Cubain), Vladimir Sokoloff (Merlow), Jean Wall (Pierre)
  • Bonus DVD : Un coup manqué (1932, 38 mn), court-métrage de Marco de Gastyne, avec Roland Toutain, Fred Pasquali et Andrée Lorrain ; Album de famille (12 mn), entretien avec Patrick Leroux
  • Éditeur DVD : Les Documents Cinématographiques
  • Date de sortie DVD : 10 octobre 2017
  • Durée : 1h40

Mister Flow

de Robert Siodmak

Tentative de fuite


Tentative de fuite

Comme quelques-uns de ses com­pa­tri­otes con­tem­po­rains, Robert Siod­mak, fuyant l’Alle­magne nazie et appelé plus tard à gag­n­er les États-Unis, fit une escale en France où il lais­sa quelques films. Mis­ter Flow (1936) n’est pas le plus con­nu d’en­tre eux, en tout cas mar­qua-t-il moins les esprits cinéphiles que La crise est finie (1934) ou Pièges (1939). Si l’édi­teur Les Doc­u­ments Ciné­matographiques fait redé­cou­vrir ce film en une dou­ble édi­tion DVD et Blu-Ray, c’est autant pour son réal­isa­teur que pour sa rareté (on l’a longtemps cru per­du), et aus­si parce qu’il s’ag­it de l’adap­ta­tion d’un roman de l’il­lus­tre Gas­ton Ler­oux. Pour­tant, du tal­ent de feuil­leton­niste de ce dernier, on n’en dis­tingue que des bribes dans ce qui ne s’im­pose pas par­mi les œuvres les plus con­va­in­cantes du futur réal­isa­teur des Tueurs, tout en restant intéres­sant.

Le film con­te la mésaven­ture d’An­tonin, jeune avo­cat parisien sans le sou qui, tombé dans un traque­nard, doit se com­porter comme un autre. Son pre­mier client depuis des mois, sous ses dehors de frêle domes­tique empris­on­né pour un sim­ple vol, se révèle un cam­bri­oleur de répu­ta­tion inter­na­tionale sig­nant ses méfaits “Mis­ter Flow” ; livré de son pro­pre chef à la police sous sa cou­ver­ture pour se met­tre à l’abri, il a piégé l’av­o­cat pour le forcer à exé­cuter de bass­es besognes à l’ex­térieur. Dépêché à Deauville sous une fausse iden­tité, le naïf Antonin doit y appren­dre les pra­tiques de la cam­bri­ole et du faux-sem­blant, sous la tutelle d’une mys­térieuse Lady Hele­na Scar­lett qui se trou­ve être la maîtresse de Mis­ter Flow, et avec laque­lle les rap­ports vont devenir plus intimes. L’in­trigue rap­pelle ain­si les aven­tures des héros hitch­cock­iens, inno­cents men­acés par la jus­tice et amenés à tâter des écarts coupables ; mais c’est avec une aisance vis­i­ble­ment moin­dre que celle de “Hitch” que le film cherche un équili­bre insta­ble entre plusieurs reg­istres, film noir, aven­tures, comédie sen­ti­men­tale, et même une dernière par­tie en scènes de procès qui sem­ble n’ex­is­ter que pour don­ner plus de présence au suave Louis Jou­vet (dans le rôle de Mis­ter Flow), lequel n’au­ra tenu jusqu’i­ci qu’un rôle d’ar­rière-plan. Surtout, Mis­ter Flow se hand­i­cape en lais­sant la part belle au scé­nar­iste Hen­ri Jean­son, lequel traite la part comique du film comme un pré­texte à un défilé de bons mots dans la grande et anci­enne tra­di­tion des dia­logu­istes français, plom­bant ain­si notam­ment les scènes de dis­pute entre les poten­tiels amants (Fer­nand Gravey — futur mari de Danielle Dar­rieux dans La Ronde d’O­phuls — et Edwige Feuil­lère) en y corse­tant la sincérité des sen­ti­ments dans les grossiers effets comiques ver­baux.

Trouble en pointillés

Quant à Siod­mak, il n’est pas sûr qu’il ait été très intéressé par ce mélange des gen­res, à voir com­ment sa mise en scène tâche plutôt de semer de dis­crets indices de l’in­con­fort du héros — non comme jou­et d’une manip­u­la­tion, mais comme quelqu’un qui doit jon­gler entre sa nature pro­fonde et l’im­age qu’il veut se don­ner de lui-même. Dès l’en­tre­vue qui va sceller son des­tin, face au sbire boi­teux de Mis­ter Flow venu l’en­gager, le champ-con­trechamp dans l’axe con­fronte bru­tale­ment le jeune homme à l’is­sue qui lui est pro­posée pour sor­tir de sa stag­na­tion — autant pro­fes­sion­nelle que per­son­nelle. Et il y a aus­si ces jeux sug­ges­tifs avec les miroirs, comme ce rac­cord qui oppose le reflet du cou­ple (tel qu’An­tonin aime le voir) et juste après, le reflet dédou­blé d’He­le­na seule (telle que celle-ci le conçoit). Même le hap­py-end en garde une cer­taine ambiguïté : dans une valise dont on a un instant cru le con­tenu dan­gereux, un miroir ren­voie l’im­age des amants défini­tive­ment réu­nis, puis se baisse, le temps de nous laiss­er nous deman­der s’il ne va pas dévoil­er autre chose… Ain­si, à tra­vers ce film prenant un peu trop sou­vent des accents de vaude­ville, court en pointil­lés une cer­taine inquié­tude qui ne le laisse pas tout à fait anodin.

Les bonus de cette édi­tion n’at­tirent qu’une pas­sagère curiosité : une inter­ven­tion du petit-fils de Gas­ton Ler­oux évo­quant son ancêtre ; et un court-métrage de 1932, Un coup man­qué de Mar­co de Gastyne, sans doute ajouté pour sa prox­im­ité thé­ma­tique avec Mis­ter Flow (les mésaven­tures d’un piètre cam­bri­oleur ama­teur), mais qui relève, lui, franche­ment d’un reg­istre boule­vardier sans grand intérêt. Le film de Siod­mak, mal­gré ses lim­ites, se suf­fit bien à lui-même.

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