© Warner Bros. France
Dunkerque

Dunkerque

de Christopher Nolan

  • Dunkerque
  • (Dunkirk)
  • Royaume-Unis, États-Unis, France, Pays-Bas2017
  • Réalisation : Christopher Nolan
  • Scénario : Christopher Nolan
  • Image : Hoyte van Hoytema
  • Décors : Nathan Crowley
  • Costumes : Jeffrey Kurland
  • Son : Richard King
  • Montage : Lee Smith
  • Musique : Hans Zimmer
  • Producteur(s) : Emma Thomas, Christopher Nolan
  • Production : Warner Bros., Syncopy, Dombey Street Productions, Kaap Holland Film, StudioCanal
  • Interprétation : Fionn Whitehead (Tommy), Tom Glynn-Carney (Peter), Jack Lowden (Collins), Harry Styles (Alex), Aneurin Barnard (Gibson), James D'Arcy (Cpt. Winnant), Barry Keoghan (George), Kenneth Branagh (Cdt Bolton), Cillian Murphy (le soldat tremblant), Mark Rylance (Dawson, le père de Peter), Tom Hardy (Farrier)...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Date de sortie : 19 juillet 2017
  • Durée : 1h47

Dunkerque

de Christopher Nolan

Dans une boucle


Dans une boucle

« Tic-tac, tic-tac… » rap­pelle fréquem­ment la musique de Hans Zim­mer : c’est que le temps presse à Dunkerque, où les troupes alle­man­des se rap­prochent de la poche de résis­tance alliée qui tente de fuir pour rejoin­dre l’Angleterre. De fait, le nou­veau film de Christo­pher Nolan se présente avant tout comme une machine ryth­mique reposant sur deux tem­pos dic­tant la vitesse du réc­it. Le pre­mier, qui se man­i­feste à l’échelle des séquences, épouse une logique presque abstraite et en cela assez sur­prenante de la part du réal­isa­teur d’Incep­tion : le tem­po imposé aux scènes, c’est celui d’une fuite face à la mort, invis­i­ble (pas un sol­dat alle­mand n’apparaît à l’écran, seuls les avions de la Wehrma­cht font excep­tion) qui règne au-delà du plan – au-delà des dunes, en dessous de la mer d’où jail­lis­sent des tor­pilles, dans le hors-champ d’où sont tirées des balles qui fusent sur les sol­dats dans la scène d’ouverture. Nolan trou­ve dans l’épure du film d’action, domaine dans lequel il n’est pour­tant pas le plus à l’aise, la matière à tra­vailler un mou­ve­ment au beau poten­tiel, qui con­siste à filmer des actions très con­crètes – toutes les astuces et déci­sions qui per­me­t­tront aux sol­dats de s’échapper vivants de Dunkerque – pour retran­scrire un hori­zon méta­physique – échap­per momen­tané­ment à la mort qui guette cha­cun.

Dunkerque pour­rait être le meilleur film de Nolan s’il s’en tenait à ce seul principe et ne souscrivait pas à un deux­ième tem­po, qui tend à écras­er le pre­mier, et qui gou­verne quant à lui l’organisation du mon­tage. Trois lignes tem­porelles nous sont présen­tées en intro­duc­tion : une, au temps plus dis­ten­du (une semaine), prend place à Dunkerque, la deux­ième, plus resser­rée (une journée), suit la mis­sion d’un bateau de plai­sance qui vogue vers la ville française pour sec­ourir les sol­dats piégés, tan­dis que la troisième, pure­ment aéri­enne, suit une heure de la vie d’un pilote et de ses com­bats face aux avions alle­mands. L’entrelacement de ces trois lignes nar­ra­tives per­met de mul­ti­pli­er les points de vue et les décalages tem­porels (par exem­ple : filmer un amer­ris­sage à la fois du ciel puis de la mer) mais souscrit surtout par ailleurs à une logique d’intensité.

L’intensité suspendue

Depuis The Dark Knight et ses deux fer­ries qui se tenaient en joue, en pas­sant par la camion­nette sus­pendue d’Incep­tion jusqu’au mon­tage par­al­lèle d’Inter­stel­lar qui entre­laçait un com­bat à mains nues sur une planète incon­nue et un incendie sur Terre, Nolan ne cesse de chercher à sus­pendre la note de l’intensité, à la répar­tir sur plusieurs pans nar­rat­ifs et espaces-temps afin de la main­tenir le plus longtemps pos­si­ble. Cet impératif ryth­mique, dont la con­séquence est de met­tre sur le même plan des actions dis­tinctes, accouche certes de con­flits dra­maturgiques (tou­jours les mêmes, tou­jours aus­si pau­vres : faut-il mieux priv­ilégi­er une option A – sauver un homme, faire demi-tour, etc. – ou une option B, qui demande un sac­ri­fice sup­plé­men­taire mais dont le « gain » serait plus grand ?), mais qui valent peu face à l’appauvrissement que cause cette mécanique. Tout dédi­er au mon­tage par­al­lèle, c’est en effet déplac­er le cœur névral­gique de l’écriture : la mise en scène de Nolan obéit moins à une logique qui gou­vern­erait le plan ou la scène (par exem­ple : échap­per à l’espace de la mort, comme dans les meilleures scènes du film) qu’à une autre, érein­tante, qui intrigue un temps mais révèle ses lim­ites à la longue (que racon­te in fine le film, si ce n’est, un peu grossière­ment, que les forces dis­tinctes en jeu dans le réc­it for­ment un ensem­ble uni ?). Nolan, en dépit de ses qual­ités, sem­ble coincé dans une boucle dont il lui fau­dra sor­tir s’il souhaite pass­er à la vitesse supérieure, quitte à per­dre un peu en inten­sité pour gag­n­er en con­sis­tance.

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