The Serpent and the Rainbow

The Serpent and the Rainbow

de Wes Craven

  • The Serpent and the Rainbow
  • États-Unis1987
  • Réalisation : Wes Craven
  • Scénario : Richard Maxwell, Adam Rodman (alias A.R. Simoun)
  • d'après : le livre The Serpent and the Rainbow
  • de : Wade Davis
  • Image : John Lindley
  • Décors : David Nichols
  • Costumes : Peter Mitchell
  • Montage : Glenn Farr
  • Musique : Brad Fiedel
  • Producteur(s) : David Ladd, Doug Clayborne
  • Production : Universal Pictures
  • Interprétation : Bill Pullman (Dr Dennis Alan), Cathy Tyson (Marielle Duchamp), Paul Winfield (Lucien Celine), Zakes Mokae (Dargent Peytraud), Conrad Roberts (Christophe)
  • Distributeur : Capricci Films
  • Date de sortie : 29 juin 2016
  • Durée : 1h38

The Serpent and the Rainbow

de Wes Craven

Horreur ethnologique


Horreur ethnologique

The Ser­pent and the Rain­bow, tiré du livre éponyme du chercheur de Har­vard Wade Davis, s’ou­vre sur un rap­pel à la fois mys­tique et inquié­tant d’une croy­ance vau­doue : «Le ser­pent sym­bol­ise la Terre, l’arc-en-ciel le Par­adis. Entre les deux, toute créa­ture doit vivre et mourir. Mais, parce qu’il a une âme, l’homme peut se retrou­ver empris­on­né en un lieu atroce, où la mort n’est qu’un com­mence­ment.» Tout en annonçant l’épou­vante par l’ex­is­tence d’un antre malé­fique sem­blable au monde par­al­lèle de Fred­dy Krueger, Wes Craven donne au genre de l’hor­reur une dimen­sion eth­nologique rare et pas­sion­nante, dans la lignée de Can­ni­bal Holo­caust et Mas­sacre à la tronçon­neuse. Comme dans Les Maîtres fous de Jean Rouch, où le spec­ta­teur assiste tétanisé à la dévo­ra­tion d’un chien roux, ce sont en effet les croy­ances et les rites pour la plu­part réels de l’île tout entière qui devi­en­nent effrayants en soi. En étant à la recherche d’une « poudre à zom­bie » capa­ble de ressus­citer des corps sem­blant morts depuis trois jours (poudre qui existe réelle­ment selon Davis), le jeune sci­en­tifique Den­nis Alan (Bill Pull­man) plonge dans un univers imprévis­i­ble dom­iné par l’ir­ra­tionnel, la super­sti­tion et la sor­cel­lerie, plein de transe con­vul­sive et de signes cabal­is­tiques sanglants. Ain­si le long proces­sus de fab­ri­ca­tion de la « poudre à zom­bie » est l’un des som­mets hor­ri­fiques du film, exigeant par exem­ple le broiement du crâne d’un cadavre fraîche­ment exhumé (autre pré­ci­sion qui fig­ure réelle­ment dans le livre du chercheur).

Horrible Bébé Doc

Tourné trois ans après Night­mare on Elm Street (Les Griffes de la nuit), The Ser­pent and the Rain­bow est cer­taine­ment l’un des films les plus « fan­tas­tiques » de Wes Craven au sens pro­pre du terme : l’ex­is­tence du sur­na­turel n’y est jamais sûre et l’ex­pli­ca­tion réal­iste y est tou­jours pos­si­ble, hormis la fin qui bas­cule dans une débauche d’ef­fets spé­ci­aux un peu désuets. L’hor­reur s’en­racine au con­traire dans le doc­u­men­taire poli­tique. Le tour­nage se déroule en effet en 1987 sur l’île d’Haïti (avant d’être déplacé en République Domini­caine par sécu­rité), à peine un an après la révolte de la pop­u­la­tion con­tre la dic­tature de la dynas­tie Duva­lier (Papa Doc et Bébé Doc). Il en enreg­istre les traces et l’in­tè­gre à son réc­it : Den­nis Alan débar­que sur l’île en pleine effer­ves­cence pré-révo­lu­tion­naire, et son red­outable enne­mi, le cap­i­taine Pey­traud, est à la fois le chef des « ton­tons macoutes » (la police secrète du régime) et un ter­ri­ble sor­ci­er vau­dou capa­ble de hanter les rêves. Le com­bat de Den­nis Alan con­tre la magie noire devient alors indis­so­cia­ble de la lutte pour l’é­man­ci­pa­tion du peu­ple haï­tien.

Après Les Griffes de la nuit

On retrou­ve donc dans The Ser­pent and the Rain­bow la ter­ri­fi­ante hési­ta­tion entre réal­ité et cauchemar qui inner­vait de bout en bout Les Griffes de la nuit. Si le rêve, ici, ne laisse pas de cica­trice immé­di­ate et con­crète sur le réel comme pour la série des Fred­dy, il se donne d’abord pour vrai : sans effets par­ti­c­uliers de mon­tage, le rêve s’en­chaîne cut, sans tran­si­tion avec le réel, au point d’être con­fon­du avec lui. A l’in­verse, la réal­ité prend les teintes de l’é­trange et du cauchemar où l’hor­reur sur­git tou­jours de manière aus­si abrupte. Le mon­tage suit ain­si la logique des rêves. L’idylle lumineuse avec Marielle s’en­chaîne avec une séance de tor­ture chez les ton­tons macoutes à la Hos­tel d’Eli Roth. Ou encore, au tout début du film, la décou­verte atroce du mas­sacre d’un vil­lage suit celle de l’an­i­mal totem de Den­nis Alan, un léopard doux comme un chat. L’épou­vante cir­cule donc allé­gre­ment entre la vie et les songes, sans véri­ta­ble dis­tinc­tion, d’au­tant plus que les rêves sont ici pré­moni­toires : ils esquis­sent peu à peu la ter­ri­fi­ante des­tinée d’Alan, men­acé dès le départ par le spec­tre de la zomb­i­fi­ca­tion. Dans ce ver­tig­ineux labyrinthe de l’é­trange, Bill Pull­man joue un de ses plus grands rôles, précurseur de celui de Fred Madi­son dans Lost High­way. Mal­gré son allure d’In­di­ana Jones élé­gant et racé, il incar­ne un per­son­nage per­du, dédou­blé entre des mon­des, ceux de la sci­ence et de la super­sti­tion, du réel et du rêve, de la mort et de la vie, nou­v­el Orphée for­cé de plonger dans les ténébreux abîmes de l’ir­ra­tionnel pour mieux s’en libér­er.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !

La colline a des yeux
La colline a des yeux
Wes Craven : des images de notre temps à l’amour des images
Wes Craven : des images de notre temps à l’amour des images
My Soul to Take
My Soul to Take
Scream 4
Scream 4
Paris, je t’aime
Paris, je t’aime
Red Eye – Sous haute pression
Red Eye – Sous haute pression