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Everybody Wants Some !!

Everybody Wants Some !!

de Richard Linklater

  • Everybody Wants Some !!
  • États-Unis2016
  • Réalisation : Richard Linklater
  • Scénario : Richard Linklater
  • Image : Shane F. Kelly
  • Décors : Bruce Curtis
  • Costumes : Kari Perkins
  • Montage : Sandra Adair
  • Musique : supervisée par Randall Poster et Meghan Currier
  • Producteur(s) : Megan Ellison, Ginger Sledge, Richard Linklater
  • Production : Annapurna Pictures, Detour Filmproduction
  • Interprétation : Blake Jenner (Jake), Ryan Guzman (Roper), Tyler Hoechlin (McReynolds), Zoey Deutch (Beverly), Glenn Powell (Finnegan)...
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Date de sortie : 20 avril 2016
  • Durée : 1h57

Everybody Wants Some !!

de Richard Linklater

!!


!!

Every­body Wants Some !! com­mence à l’endroit où Boy­hood finis­sait sa course : aux tout pre­miers jours à la fac de son petit cobaye, Ellar Coltrane, filmé, on s’en sou­vient (parce que le film était beau), de six à dix-huit ans par inter­valles réguliers d’un an tout pile. Mais Every­body Wants Some !! revient surtout au com­mence­ment de Richard Lin­klater lui-même : au pre­mier week-end à la fac d’Austin, dans son Texas douil­let, au mois de sep­tem­bre de l’année charnière de 1980 – pour planter le décor, Rea­gan monte en puis­sance, Dis­co et Punk sont à leur apogée, les per­ma­nentes font tou­jours fureur et le sexe pro­tégé n’est encore qu’un drôle d’oxymore. Bref, c’est l’éclate. Jusqu’ici, dans un ciné­ma obsédé par la répéti­tion (cf. la trilo­gie Before Sun­rise), par l’origine de sa pro­pre sub­cul­ture (les années lycée, puis les années cam­pus à Austin – Slack­er, Dazed and Con­fused) et par les épisodes qui jalon­nent le cours timide d’une exis­tence mid­dle class au Texas, rien de sur­prenant. Ça tombe bien, depuis Boy­hood, les films de Lin­klater ne font plus dans la sur­prise.

À l’exclamative

À l’heure où le ciné­ma améri­cain ne sait plus trop com­ment con­cur­rencer l’attrait des séries, rival­isant bon an mal an sur le ter­rain clas­sique du sto­ry­telling en roller­coast­er, on serait en droit de se deman­der com­ment la machine molle du ciné­ma récent de Lin­klater, remar­quable­ment expurgée d’enjeux nar­rat­ifs et de péripéties, parvient encore à se faire une petite place. À cela deux raisons : la pre­mière tient à son clas­si­cisme fédéra­teur, l’auteur de Boy­hood excel­lant à trem­per ses high con­cepts dans le for­mol de chroniques tout sauf rad­i­cales (prime au réc­it, si dilué soit-il, et jamais l’ombre d’une pos­ture ne vient trou­bler sa trans­parence) ; la sec­onde, qui en fait la meilleure réplique du grand écran au règne des cliffhang­ers, tient à l’arrimage de ce ciné­ma à la tem­po­ral­ité des désirs immé­di­ats. Qu’il cherche à com­pren­dre ce qui se passe – comme c’était le cas, sin­gulière­ment, dans la psy­ché de petit garçon où Boy­hood fai­sait son nid –, ou qu’il désire tout court, à l’image de cet Every­body Wants Some !! tout en bizu­tages et dépuce­lages, le sujet chez Lin­klater ne perçoit le temps qu’au présent per­pétuel des pre­mières fois. Le rythme du film, intense dès l’en­tame, s’ac­corde ain­si aux points d’exclamation de son titre.

Ça donne quoi, du Lin­klater à l’exclamative ? Après le doux ron­ron des deux heures quar­ante-cinq d’un Boy­hood tout en points de sus­pen­sions, la ques­tion se pose. Ça donne le film de bande le plus cool depuis la trilo­gie des Ocean’s et Mag­ic Mike, rien de moins. Soit le week-end d’inté de Jack, lanceur fraîche­ment débar­qué de son patelin natal, au sein de la coloc de l’équipe de Base­ball de la fac d’Austin qu’il s’ap­prête à inté­gr­er. Soit, surtout, l’idée géniale d’insérer le logi­ciel je‑m’en-foutiste de Lin­klater – chronique d’apprentissage et lose sur fond de non­cha­lance – dans un cam­pus movie de mâles alphas : ren­con­tre chim­ique entre une meute de chiens dopés à l’auto ému­la­tion et l’u­nivers light des chroniques nos­tal­giques du cinéaste.

Nostalgie

Pour autant, de Boy­hood à la nou­ba d’Every­body Wants Some !!, le pro­jet reste le même : scan­ner une généra­tion à tra­vers le regard d’un ado au seuil de l’âge adulte. Out­re les épo­ques, ce sont surtout les yeux qui changent. C’était la part doc­u­men­taire de Boy­hood, qui fai­sait remon­ter la per­son­nal­ité songeuse du petit garçon à la sur­face d’un réc­it finis­sant à son tour par rêvass­er. Ici, au terme d’une décen­nie de crispa­tion sociale et d’assouplissement des mœurs, pas encore men­acé par l’ombre du Sida, 1980 représente un peu pour Lin­klater l’an­née la plus cool du siè­cle. C’est pourquoi le pouls du film accélère, évac­uant soigneuse­ment les per­son­nages dont le passé trop lourd, comme cet impos­teur de trente ans esquiv­ant les respon­s­abil­ités de l’âge adulte, ou l’avenir incer­tain, à l’image d’un pre­mière année dont la copine a un léger retard de règles, men­a­cent d’ombrager la jouis­sance des autres. Le film fait ain­si le ménage autour de son con­cept : filmer une bande de sportifs insou­ciants, livrés le temps d’un week-end sans cours ni cham­pi­onnat, à toutes les expéri­ences de l’in­ter­nat.

De Dazed and Con­fused à Every­body Wants Some !!, le meilleur du ciné­ma de Lin­klater enreg­istre un flux de con­science con­tinu. Comme le rap­porte l’un de ses acteurs dans le dossier de presse d’Every­body, le réal­isa­teur « se sou­vient absol­u­ment de tout, dans les moin­dres détails » ; au point, vis­i­ble­ment, de filmer l’entrée à la fac d’un per­son­nage de 2014 avec la même pré­ci­sion que celle d’un étu­di­ant de 1980. Comme si, entre les deux, le fil des événe­ments ne s’était jamais rompu, n’avait jamais souf­fert le moin­dre pli, le plus petit motif de vieil­lisse­ment. Les épo­ques passent, les toiles de fond défi­lent, les modes dis­parais­sent, mais le temps n’est qu’un con­tin­u­um d’événements vus de l’in­térieur – accordés tan­tôt à l’exclamation d’un week­end boy­ish, tan­tôt aux sus­pen­sions d’une enfance ponc­tuée par les gardes alternées. Boy­hood et Every­body Wants Some !! parta­gent ain­si la même ambi­tion d’embaumement : capter l’instantanée d’un regard. Pas n’importe lequel ; celui, vierge, d’un ado qui, jouis­sant pleine­ment des délices de son époque, ignore encore qu’elle ne revien­dra pas.

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