© New Story
Taklub

Taklub

de Brillante Mendoza

  • Taklub
  • Philippines2015
  • Réalisation : Brillante Mendoza
  • Scénario : Mary Honeylyn Joy Alipio
  • Image : Odyssey Flores
  • Décors : Dante Mendoza, Renan Estrada
  • Son : Andrew Milallos, Addiss Tabong
  • Montage : Kats Serraon
  • Musique : Diwa De Leon
  • Producteur(s) : Larry Castillo, Carlo Valenzona
  • Production : Centerstage Productions, Department of Environment and Natural Resources
  • Interprétation : Nora Aunor (Bebeth), Julio Diaz (Larry), Aaron Rivera (Erwin), Rome Mallari (Marlon), Shine Santos (Angel), Lou Veloso (Renato)...
  • Distributeur : New Story
  • Date de sortie : 30 mars 2016
  • Durée : 1h37

Taklub

de Brillante Mendoza

Une certaine idée du réel


Une certaine idée du réel

Après Cap­tive en 2012, film « tiré d’une his­toire vraie » (la prise d’otage de mis­sion­naires par des mili­ciens musul­mans), Bril­lante Men­doza revient avec Tak­lub, qui con­stitue un pas de plus dans cette démarche estampil­lée « faire de la fic­tion avec du réel », en réu­til­isant un événe­ment trau­ma­tique de l’his­toire récente du pays. Soit la destruc­tion par le pas­sage du typhon Haiyan de la ville de Tacloban en 2013, dont le cinéaste philip­pin pro­pose d’ex­plor­er les décom­bres à tra­vers une galerie de per­son­nages rescapés. En résulte un réc­it pour le moins décousu et dés­in­car­né, qui donne plus l’im­pres­sion de con­stru­ire un patch­work de sit­u­a­tions, comme si pour réus­sir à pein­dre la douleur de ce drame, il fal­lait en dis­tribuer plusieurs échan­til­lons représen­tat­ifs (le veuf, la mère qui a per­du ses enfants…). Men­doza déclare avoir voulu tra­vailler avec de véri­ta­bles comé­di­ens afin de ne pas exploiter la détresse des sur­vivants, mais choisit tout de même de tourn­er in situ, et calque sa mise en scène sur une esthé­tique du reportage en immer­sion.

Le film est le résul­tat de cette con­tra­dic­tion dans les ter­mes : en ten­tant d’échap­per au voyeurisme, Men­doza ne fait qu’ac­céder au sen­sa­tion­nel. Le cinéaste philip­pin pos­sède une vision assez académique de la façon dont représen­ter le réel de cette cat­a­stro­phe, afin de don­ner à la com­pren­dre et à en ressen­tir les effets : avec une caméra à l’é­paule trem­blante et tou­jours en mou­ve­ment pour sig­ni­fi­er l’ur­gence de la sit­u­a­tion, ou en col­lant à ses per­son­nages à l’aide de gros plans sans pro­fondeur de champ pour fig­ur­er l’as­phyx­ie et l’en­fer­me­ment. Cet académisme est redou­blé par une instru­men­tal­i­sa­tion de la mis­ère, bien réelle, qui peu­ple Tacloban, en rejouant des scènes rap­portées par les rescapés, avec leur pro­pre con­cours en tant que fig­u­rants. Tel est le cas d’une séquence où une famille brûle dans une tente incendiée, dévoilant en gros plan les vis­ages apeurés, puis plus tard car­bon­isés des per­son­nages, révéla­tion fra­cas­sante ne ser­vant qu’à ren­forcer la ten­sion dra­ma­tique. Il faut voir com­ment Men­doza se démène pour faire avancer son réc­it à grands ren­forts de tours de force émo­tion­nels pour com­pren­dre ses véri­ta­bles inten­tions. Ce pro­gramme est annon­cé dès l’ou­ver­ture du film qui, musique à l’ap­pui, exhibe en un spec­tac­u­laire plan séquence les habi­ta­tions détru­ites, et sera tenu jusqu’à la fin, avec une séquence de tem­pête qui fait bru­tale­ment ressur­gir le spec­tre et la peur du typhon. On com­prend mieux pourquoi le film sem­ble décousu et dés­in­car­né : en faisant mine de s’in­téress­er aux tra­jec­toires des personnages/survivants (ce que Men­doza sut faire il n’y a pas si longtemps), le cinéaste philip­pin ne vient pas y puis­er des his­toires, mais un recueil de temps forts. Une con­cep­tion du sen­sa­tion­nel pas très éloignée de celle pro­fessée par les chaînes d’in­for­ma­tion en con­tinu.

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