© 2015 Paramount Pictures
13 Hours

13 Hours

de Michael Bay

  • 13 Hours
  • (13 Hours: The Secret Soldiers of Benghazi)
  • États-Unis2016
  • Réalisation : Michael Bay
  • Scénario : Chuck Hogan
  • d'après : le livre 13 Hours
  • de : Mitchell Zuckoff
  • Image : Dion Beebe
  • Décors : Jeffrey Beecroft, Karen Frick
  • Costumes : Deborah Lynn Scott
  • Montage : Pietro Scalia
  • Musique : Lorne Balfe
  • Producteur(s) : Erwin Stoff, Michael Bay
  • Production : 3 Arts Entertainment, Platinum Dunes
  • Interprétation : John Krasinski (Jack), James Badge Dale (Rone), Max Martini (Oz), Pablo Schreiber (Tanto), David Denman (Boon), Dominic Fumusa (John «Tig» Tiegen), Toby Stephens (Glen «Bub» Doherty), Alexia Barlier (Sona Jilliani), Freddie Stroma (Brit Vaynor)...
  • Distributeur : Paramount Pictures France
  • Date de sortie : 30 mars 2016
  • Durée : 2h24

13 Hours

de Michael Bay

Assaut


Assaut

Que faire du cas Michael Bay ? On pour­rait s’en tenir aux impres­sions physiques que provoque la vision de ses films – migraines, poids sur l’estomac –, et à tout ce qui chez lui pour­rait d’emblée rebuter – mon­tage syn­copé, mau­vais goût dégouli­nant, patri­o­tisme bêta. Pour­tant, rien de tout cela ne nous informe véri­ta­ble­ment sur ce qui fait la par­tic­u­lar­ité de son ciné­ma et pourquoi on y revient, mal­gré les obsta­cles à sur­mon­ter. Il y a chez Michael Bay une débauche d’énergie, un trop-plein visuel qui peut autant érein­ter qu’agacer mais qui con­serve un cer­tain mys­tère. D’une part, parce qu’on a du mal à com­pren­dre com­ment un cinéaste aus­si bizarre et bru­tal parvient presque imman­quable­ment à séduire les foules. De l’autre, parce que Michael Bay est un réal­isa­teur para­dox­al et obstiné, chez qui la recherche de nou­veaux effets se cou­ple à la recon­duc­tion sys­té­ma­tique de tics con­tribuant à la lour­deur de son style. Un film de Michael Bay, à l’exception du réus­si No Pain, No Gain, comédie sur l’idiotie puisant sa vital­ité de la bêtise d’une imagerie dont Bay est l’un des chantres, c’est avant tout une cen­taine de ten­ta­tives de cadres, d’angles, de rac­cords, pour une idée réelle­ment forte que l’on peut extraire de ce mag­ma de bruit et de fureur. En somme un ciné­ma qui dépense à perte, mais dont la frénésie à plus ou moins tout ten­ter finit, à un moment ou un autre, par pro­duire une image qui jure avec le reste et jus­ti­fierait presque d’accepter la lour­deur de l’ensemble.

Pour un fragment

13 Hours, qui dépeint la bataille de Benghazi[ref]Une attaque coor­don­née le 11 sep­tem­bre 2012 qui a notam­ment causé la mort de l’ambassadeur améri­cain en Libye.[/ref] comme un siège en terre hos­tile, n’échappe pas à la règle. Si l’on peut d’abord s’étonner de la mol­lesse et de la lenteur de la mise en place, qui ferait presque croire que Bay s’est soudaine­ment assa­gi, le naturel revient vite au galop lorsque le décompte des fameuses « treize heures » s’amorce. Bay réalise alors un fan­tasme ciné­matographique et spec­tac­u­laire : don­ner vie à une scène d’action con­tin­ue, sans presque de temps morts, pen­dant près de deux heures. Si ce pos­tu­lat donne lieu à un défer­lement pyrotech­nique com­mun à tous les films de Bay (l’un des per­son­nages com­pare d’ailleurs l’affrontement à un feu d’artifice), ce cadre de jeu inspire aus­si au cinéaste quelques visions éton­nantes. Comme cette légère sus­pen­sion, alors que l’ambassadeur et sa garde rap­prochée se réfugient dans la salle de bain adja­cente d’une pièce sur le point de s’embraser. Quelques sec­on­des de répit avant que, sans heurts ni fra­cas, une épaisse fumée noire s’insinue sous la porte pour se propager dans la pièce close. Là est l’image sur une cen­taine évo­quée plus haut, une brève par­en­thèse presque poé­tique au milieu d’un grand déchaîne­ment sonore et plas­tique. Il en va de même dans la deux­ième par­tie de la bataille, lorsque les sol­dats améri­cains se retranchent der­rière leurs murs pour atten­dre les troupes enne­mis. Le ter­rain vague qui s’étend devant eux, avec au milieu un abat­toir, offre l’horizon d’une lande peu­plée d’ombres (appelée d’ailleurs par les sol­dats « zom­bieland ») qui se fau­fi­lent d’une pierre à l’autre, prêtes à dégain­er. Le film vaut ain­si pour ces petites pier­res bril­lantes mais mal dégrossies, à peine vis­i­bles dans le long ruban d’images sat­urées d’effets de manch­es qui se déroule devant nos yeux.

De la guerre

Reste une dernière source d’intérêt à dégager de ce film empesé : la ren­con­tre entre la vul­gar­ité de Bay, dont les sol­dats body­buildés vénérant le Star and Stripes sont ici les hérauts, et un épisode his­torique emblé­ma­tique de la poli­tique améri­caine au Moyen-Ori­ent. Au-delà de son améri­can­isme indé­fectible (plan de dra­peaux et petites leçons de morales assénées à la pop­u­la­tion sec­ou­rue), le film procède d’un mariage de gen­res qui dit en effet beau­coup des inter­ven­tions mil­i­taires post-11-Sep­tem­bre – le ter­rain d’un grand west­ern où des cow-boys de pacotille croient repouss­er les lim­ites de la Fron­tière en affrontant de nou­veaux Indi­ens. Soit l’entreprise de décon­struc­tion qu’entreprenait plus directe­ment Amer­i­can Sniper, film toute­fois plus retors, à tel point que son épi­logue pou­vait autant appa­raître comme le fruit d’un regard cri­tique sur la fab­rique de l’héroïsme, une man­i­fes­ta­tion patri­o­tique ou une sim­ple con­ven­tion de biopic. Bien que 13 Hours n’ait pas la même com­plex­ité, le panachage d’inspirations qu’il met en scène ouvre toute­fois la porte à une lec­ture plus nuancée de ce qu’il racon­te. Car si l’un des per­son­nages qual­i­fie lit­térale­ment la bataille de « remake de Fort Alamo en 2012 », le cadre du siège ren­voie quant à lui autant à Assaut, vari­a­tion sur Rio Bra­vo, qu’à La Nuit des morts-vivants et Zom­bie de Romero. On n’attendait pas vrai­ment du film qu’il dépeigne de la sorte, même involon­taire­ment, la guerre au Moyen-Ori­ent comme un west­ern dégénéres­cent.

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