Good Kill

Good Kill

de Andrew Niccol

  • Good Kill
  • États-Unis2014
  • Réalisation : Andrew Niccol
  • Scénario : Andrew Niccol
  • Image : Amir Mokri
  • Montage : Zach Staenberg
  • Musique : Christophe Beck
  • Producteur(s) : Nicolas Chartier, Zev Foreman, Mark Amin, Andrew Niccol
  • Production : Voltage Pictures, Sobini Films
  • Interprétation : Ethan Hawke (Tom Egan), Bruce Greenwood (Jack Johns), Zoë Kravitz (Vera Suarez), Jake Abel (Zimmer), January Jones (Molly Egan), Peter Coyote (Langley)...
  • Distributeur : La Belle Company
  • Date de sortie : 22 avril 2015
  • Durée : 1h42

Good Kill

de Andrew Niccol

American Deserter


American Deserter

Dénoncer

Plus directe­ment poli­tique qu’Amer­i­can Sniper, Good Kill incrim­ine la « guerre con­tre le ter­ror­isme » menée par les États-Unis à l’aide de drones. Alors que le film de Clint East­wood s’attache surtout à exhumer la vio­lence intrin­sèque à l’héroïsme améri­cain sans porter de juge­ment, plus intéressé par le mythe fon­da­teur guer­ri­er de son pays qu’à la poli­tique Bush – faisant du film un west­ern mod­erne où la fron­tière est déplacée en Irak –, celui d’Andrew Nic­col s’avère plus didac­tique. Peut-être même trop. Il se révèle en effet rapi­de­ment être une illus­tra­tion assez pau­vre de cette idée martelée d’une séquence à l’autre : « N’est-on pas en train de créer plus de ter­ror­istes qu’on en élim­ine ? » C’est la ques­tion que se pose Tom Egan (Ethan Hawke, assez trans­par­ent mal­gré ses séquences dra­ma­tiques) à chaque mis­sion. Dans une boîte à la fron­tière de Las Vegas, der­rière son écran et son joy­stick, cet ancien pilote d’avion de chas­se se voit obligé de pil­er femmes et enfants afghans pour s’offrir à tout prix la tête de tal­ibans. La ques­tion est bien sûr rhé­torique, et le film fait alors pénible­ment sem­blant de chercher une réponse en aug­men­tant gradu­elle­ment le nom­bre des vic­times col­latérales. Cet exposé un peu fas­ti­dieux est dou­blé d’une leçon plus moral­iste : con­va­in­cu qu’il y a quelque chose d’un peu sus­pect à détru­ire des vies à 10~000 km de chez soi sans mouiller le mail­lot, Egan est han­té depuis son retour du front. Une éthique de la guerre en somme. Soit. Mal­heureuse­ment, sous un argu­ment tout à fait recev­able, Good Kill prend rapi­de­ment la forme d’une dénon­ci­a­tion qui, trop con­va­in­cue de sa vérité, peine à s’engouffrer dans les ram­i­fi­ca­tions com­plex­es de la sit­u­a­tion qu’elle dépeint, et cède à un cer­tain manichéisme.

Encadrer

Assez aride donc, le film est par ailleurs d’une laideur assez remar­quable. Si celle-ci est due en par­tie aux décors de la ban­lieue de Las Vegas, elle revient surtout au dés­in­térêt avec lequel Nic­col la filme. Tout est nu ici. Dés­in­car­né. Ce n’est pour­tant pas faute d’avoir voulu y apporter de la vie : exces­sive­ment trag­iques, la mise en scène et le jeu des scènes de ménage cherchent bien le débor­de­ment. Mais les arma­tures psy­chologiques que le scé­nario a élaborées, comme les lignes arti­fi­cielles des pelous­es en plas­tique, enca­drent les per­son­nages d’une main de fer. Rien ne vient per­turber la courbe du film, l’effritement réguli­er de la famille et du sol­dat. Les ten­sions entre Egan et sa femme, comme le nom­bre de vic­times col­latérales, n’obéissent ain­si qu’au principe d’un accroisse­ment monot­o­ne. Inca­pable de pro­fondeur, le film se rac­croche à une surenchère atten­due. Tom Egan colle à sa des­tinée dans la seule per­spec­tive d’une explo­sion finale qui le ver­ra choisir l’exil. Il y a une super­fi­cial­ité agaçante dans Good Kill, qui, assuré d’emblée de la force de son sujet, finit par s’en remet­tre presque entière­ment à son aspect « scan­dale » en nég­ligeant tout le reste.

Nouveaux héros

Aus­si raté qu’il soit, le film d’Andrew Nic­col témoigne pour­tant aus­si, à la manière de Cit­i­zen­four (Lau­ra Poitras), du bas­cule­ment de l’héroïsme améri­cain en cette année 2015. Le héros sem­ble se défaire pro­gres­sive­ment d’un cer­tain patri­o­tisme qui le con­sti­tu­ait presque entière­ment jusqu’ici. On pour­rait trou­ver là une forme de réponse aux films de super-héros, notam­ment, désor­mais fig­ures de proue des grands stu­dios. Avec The Avengers (2012) et Man of Steel (2013), l’Amérique se réap­pro­pri­ait par exem­ple le spec­ta­cle cat­a­strophiste du 11-Sep­tem­bre. Elle célébrait, peu après la mort d’Oussama ben Laden, sa con­fi­ance et son pou­voir retrou­vés en détru­isant comme jamais des New York fic­tifs, bal­ayés par une débauche d’effets numériques aus­si facile­ment qu’on souf­fle des châteaux de cartes. Good Kill et Cit­i­zen­four, mais peut-être aus­si Amer­i­can Sniper, révè­lent les doutes et les délires qui atteignent aujourd’hui les États-Unis dans leur nou­velle croisade. Il faut dire ici cette fac­ulté à revenir aus­si rapi­de­ment sur l’histoire récente. Que faire désor­mais dans ce bour­bier de la guerre ? À cette ques­tion, Amer­i­can Sniper ne répond pas ; plaçant encore son héros du côté de l’ar­mée, il est plus intéressé, nous l’avons dit, à expos­er sa vio­lence fon­da­trice ; c’est déjà un élé­ment de réponse, quoi qu’on en dise. Dans Good Kill et Cit­i­zen­four, le héros rem­porte ses galons dans la déser­tion même. Si Nic­col con­clut un peu abrupte­ment sur l’exil d’Egan, Poitras apporte la réponse la plus claire : l’héroïsme se trou­ve désor­mais ailleurs, certes, mais plus encore dans la lutte, chez des activistes poli­tiques comme Edward Snow­den. Affaire à suiv­re.

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