L’Homme du peuple

L’Homme du peuple

de Andrzej Wajda

  • L’Homme du peuple
  • (Wałęsa. Człowiek z Nadziei)
  • Pologne2013
  • Réalisation : Andrzej Wajda
  • Scénario : Janusz Głowacki
  • Image : Paweł Edelman
  • Décors : Wieslawa Chojkowska
  • Costumes : Magdalena Biedrzycka
  • Montage : Milenia Fiedler, Grażyna Gradoń
  • Musique : Paweł Mykietyn
  • Producteur(s) : Michał Kwieciński
  • Production : Akson Studio, StudioCanal, Telewizja Polska
  • Interprétation : Robert Więckiewicz (Lech Wałęsa), Agnieszka Grochowska (Danuta Wałęsa), Maria Rosaria Omaggio (Oriana Fallaci), Iwona Bielska (Ilona, voisine des Wałęsa), Marcin Hycnar (Rysiek), Cezary Kosiński (Majchrzak), Zbigniew Zamachowski (Nawiślak, officier SB)...
  • Distributeur : Version Originale / Condor
  • Date de sortie : 19 novembre 2014
  • Durée : 2h08

L’Homme du peuple

de Andrzej Wajda

Un bon père de famille


Un bon père de famille

Ami de longue date de Lech Wale­sa, Andrzej Waj­da s’at­taque à la biogra­phie filmée de cette fig­ure his­torique (et tutélaire) de la Pologne mod­erne, trente ans après L’Homme de mar­bre et L’Homme de fer qui met­taient en scène un ouvri­er anonyme prenant part aux grèves de Gdan­sk. Entre la représen­ta­tion à chaud, ou presque, d’un mou­ve­ment social et poli­tique qui annonçait la muta­tion des états du Pacte de Varso­vie et cette fresque mémorielle polie, Waj­da a fait du chemin… et n’a pas tou­jours pris le bon.

La technique du salami

Dans L’Homme du peu­ple, Waj­da mélange tout : la fic­tion, les archives, le noir et blanc, la couleur, le sépia, les for­mats, le punk polon­ais et les mous­tach­es pos­tich­es… la pro­fu­sion donne sou­vent l’il­lu­sion de la com­plex­ité, de l’ex­haus­tiv­ité et la con­fu­sion, elle, tend les bras à toutes sortes d’a­mal­games. Lech Wale­sa n’est ici ni le per­son­nage épique qui emporterait la fic­tion vers un monde plus orig­i­nal que celui de la repro­duc­tion de manuel sco­laire, ni l’anonyme effleu­rant peu à peu les cimes de la lutte et de la recon­nais­sance. Il est le mod­èle : père aimant (et aidant à la mai­son), époux atten­tion­né, syn­di­cal­iste mesuré et évidem­ment plus prag­ma­tique que les intel­lectuels en grève de la faim. Il est celui par qui la lib­erté arrive, celui qui ne souf­frira ‑on le com­prend dès la qua­trième minute- d’au­cune nuance mais surtout d’au­cun mys­tère.

La con­struc­tion visuelle en caléi­do­scope est aujour­d’hui dev­enue presque banale : il n’est plus besoin de don­ner un sens à l’archive que l’on utilise ; elle est sim­ple illus­tra­tion ou, pire, agré­ment mon­té et détourné sor­tie, croirait-on, de l’e­sprit du créa­teur. Le scé­nario, quant à lui, tourne autour d’un entre­tien accordé pen­dant les grèves de 1980 à une jour­nal­iste ital­i­enne. Même elle n’ose pos­er aucune ques­tion qui fâche sur l’organisation de Sol­i­darnosc et les idées socié­tales du futur prési­dent de la République polon­aise ; le film s’ar­rête d’ailleurs avec l’échec de Wale­sa au pou­voir. Il ne s’ag­it que de cela : élever pro­gres­sive­ment une stat­ue. Chaque thème nar­ratif (la vie de famille, le mil­i­tan­tisme, le Pape, la police) est donc une nou­velle étape, bien trop courte et trop peu dévelop­pée pour que l’on s’y intéresse réelle­ment. Dans cette marée de sur­vol, rien ne peut servir de con­tre­point, rien ne peut s’op­pos­er à l’ex­plo­sion du per­son­nage ‑les enne­mis n’ex­is­tent pas, l’en­tourage à peine.

Et surtout, je ne dirai rien

On ne peut pas reprocher à un réal­isa­teur ses amis, ses amours, ses idées, quoique. Mais com­ment con­cili­er la ten­sion entre réal­isme et légendaire ? C’est la ques­tion qui se pose aux réal­isa­teurs comme Waj­da qui ne voient dans les réu­nions syn­di­cales que des rites de pas­sage, dans la musique qu’une façon de coller l’époque, dans la plas­tique le mode de recon­sti­tu­tion d’un passé volon­taire­ment jau­ni et mythi­fié à l’im­age ‑ah les con­tre-plongées sur le beau Lech, ultimes preuves de la soumis­sion de Waj­da à son sujet. Ce dernier a pour­tant voulu, selon ses pro­pres dires, apporter “autant de ques­tions que de répons­es”. L’Homme du peu­ple ne filme jamais un débat en entier et ne laisse aucune place au doute : Lech Wale­sa est un homme sim­ple élevé au rang de Dieu vivant et Andrzej Waj­da a bien du mal à péren­nis­er, mal­gré la vivac­ité de ses qua­tre-vingt-huit ans, son statut de représen­tant du renou­veau ciné­matographique polon­ais.

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